{"id":3600,"date":"2022-07-26T19:31:16","date_gmt":"2022-07-26T19:31:16","guid":{"rendered":"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&#038;p=3600"},"modified":"2023-08-31T16:07:37","modified_gmt":"2023-08-31T16:07:37","slug":"le-horla-text","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/chapter\/le-horla-text\/","title":{"raw":"Le Horla - text facile","rendered":"Le Horla &#8211; text facile"},"content":{"raw":"<p style=\"text-align: left\"><img class=\"alignleft wp-image-3612 size-full\" src=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_202227392.png\" alt=\"\" width=\"274\" height=\"400\" \/>8 mai. \u2013 Quelle journ\u00e9e admirable ! J\u2019ai pass\u00e9 toute la matin\u00e9e \u00e9tendu sur l\u2019herbe, devant ma maison, sous l\u2019\u00e9norme [pb_glossary id=\"3657\"]platane[\/pb_glossary] qui la couvre, l\u2019abrite et l\u2019ombrage tout enti\u00e8re. J\u2019aime ce pays, et j\u2019aime y vivre parce que j\u2019y ai mes racines, ces [pb_glossary id=\"4174\"]profondes[\/pb_glossary] et d\u00e9licates racines, qui attachent un homme \u00e0 la terre o\u00f9 sont n\u00e9s et morts ses [pb_glossary id=\"4035\"]a\u00efeux[\/pb_glossary], qui l\u2019attachent \u00e0 ce qu\u2019on pense et \u00e0 ce qu\u2019on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l\u2019air lui-m\u00eame.<\/p>\r\nJ\u2019aime ma maison o\u00f9 j\u2019ai grandi. De mes fen\u00eatres, je vois la Seine qui coule, le long de mon jardin, derri\u00e8re la route, presque chez moi, la grande et large Seine qui va de Rouen au Havre, couverte de bateaux qui passent. \u00c0 gauche, l\u00e0-bas, Rouen, la vaste ville aux toits bleus, sous le [pb_glossary id=\"4170\"]peuple[\/pb_glossary] pointu des clochers gothiques. Ils sont innombrables, [pb_glossary id=\"3658\"]fr\u00eales[\/pb_glossary] ou larges, domin\u00e9s par la fl\u00e8che de fonte de la cath\u00e9drale, et pleins de cloches qui sonnent dans l\u2019air bleu des belles matin\u00e9es, jetant jusqu\u2019\u00e0 moi leur doux et lointain [pb_glossary id=\"3648\"]bourdonnement[\/pb_glossary] de fer, leur chant [pb_glossary id=\"3826\"]d'airain[\/pb_glossary] que la brise m\u2019apporte, tant\u00f4t plus fort et tant\u00f4t plus affaibli, suivant qu\u2019elle s\u2019\u00e9veille ou [pb_glossary id=\"3670\"]s\u2019assoupit[\/pb_glossary].\r\n\r\nComme il faisait bon ce matin !\r\n\r\nVers onze heures, un long convoi de [pb_glossary id=\"3671\"]navires[\/pb_glossary], tra\u00een\u00e9s par un [pb_glossary id=\"3672\"]remorqueur[\/pb_glossary], gros comme une mouche, et qui r\u00e2lait de peine en vomissant une fum\u00e9e \u00e9paisse, d\u00e9fila devant ma grille.\r\n\r\nApr\u00e8s deux [pb_glossary id=\"3673\"]go\u00e9lettes[\/pb_glossary] anglaises, dont le pavillon rouge [pb_glossary id=\"3674\"]ondoyait[\/pb_glossary] sur le ciel, venait un superbe trois- m\u00e2ts br\u00e9silien, tout blanc, admirablement propre et luisant. Je le saluai, je ne sais pourquoi, tant ce navire me fit plaisir \u00e0 voir.\r\n\r\n12 mai. \u2013 J\u2019ai un peu de fi\u00e8vre depuis quelques jours ; je me sens souffrant, ou plut\u00f4t je me sens triste.\r\n\r\nD\u2019o\u00f9 viennent ces influences myst\u00e9rieuses qui changent en d\u00e9couragement notre bonheur et notre confiance en d\u00e9tresse ? On dirait que l\u2019air, l\u2019air invisible est plein d\u2019inconnaissables Puissances, dont nous [pb_glossary id=\"3675\"]subissons[\/pb_glossary] les voisinages myst\u00e9rieux. Je m\u2019\u00e9veille plein de gaiet\u00e9, avec des envies de chanter dans la gorge. \u2013 Pourquoi ? \u2013 Je descends le long de l\u2019eau ; et soudain, apr\u00e8s une courte promenade, je rentre d\u00e9sol\u00e9, comme si quelque malheur m\u2019attendait chez moi. \u2013 Pourquoi ? \u2013 Est-ce un frisson de froid qui, [pb_glossary id=\"3773\"]fr\u00f4lant[\/pb_glossary] ma peau, a [pb_glossary id=\"3676\"]\u00e9branl\u00e9[\/pb_glossary] mes nerfs et [pb_glossary id=\"3681\"]assombri[\/pb_glossary] mon \u00e2me ? Est-ce la forme des nuages, ou la couleur du jour, la couleur des choses, si variable, qui, passant par mes yeux, a troubl\u00e9 ma pens\u00e9e ? Sait- on ? Tout ce qui nous entoure, tout ce que nous voyons sans le regarder, tout ce que nous fr\u00f4lons sans le conna\u00eetre, tout ce que nous touchons sans le [pb_glossary id=\"3682\"]palper[\/pb_glossary], tout ce que nous rencontrons sans le distinguer, a sur nous, sur nos organes et, par eux, sur nos id\u00e9es, sur notre c\u0153ur lui-m\u00eame, des effets rapides, surprenants et inexplicables.\r\n\r\nComme il est profond, ce myst\u00e8re de l\u2019Invisible ! Nous ne le pouvons sonder avec nos sens mis\u00e9rables, avec nos yeux qui ne savent apercevoir ni le trop petit, ni le trop grand, ni le trop pr\u00e8s, ni le trop loin, ni les habitants d\u2019une \u00e9toile, ni les habitants d\u2019une goutte d\u2019eau... avec nos oreilles qui nous trompent, car elles nous transmettent les vibrations de l\u2019air en notes sonores. Elles sont des f\u00e9es qui font ce miracle de changer en bruit ce mouvement et par cette m\u00e9tamorphose donnent naissance \u00e0 la musique, qui rend chantante l\u2019agitation muette de la nature... avec notre odorat, plus faible que celui du chien... avec notre go\u00fbt, qui peut \u00e0 peine discerner l\u2019\u00e2ge d\u2019un vin !\r\n\r\nAh ! si nous avions d\u2019autres organes qui accompliraient en notre faveur d\u2019autres miracles, que de choses nous pourrions d\u00e9couvrir encore autour de nous !\r\n\r\n16 mai. \u2013 Je suis malade, d\u00e9cid\u00e9ment ! Je me portais si bien le mois dernier ! J\u2019ai la fi\u00e8vre, une fi\u00e8vre atroce, ou plut\u00f4t un [pb_glossary id=\"3683\"]\u00e9nervement[\/pb_glossary] fi\u00e9vreux, qui rend mon \u00e2me aussi souffrante que mon corps ! J\u2019ai sans cesse cette sensation [pb_glossary id=\"4031\"]affreuse[\/pb_glossary] d\u2019un danger mena\u00e7ant, cette appr\u00e9hension d\u2019un malheur qui vient ou de la mort qui approche, ce pressentiment qui est sans doute l\u2019atteinte d\u2019un mal encore inconnu, germant dans le sang et dans la chair.\r\n\r\n18 mai. \u2013 Je viens d\u2019aller consulter un m\u00e9decin, car je ne pouvais plus dormir. Il m\u2019a trouv\u00e9 le pouls rapide, l\u2019\u0153il dilat\u00e9, les [pb_glossary id=\"3684\"]nerfs[\/pb_glossary] vibrants, mais sans aucun sympt\u00f4me alarmant. Je dois me soumettre aux douches et boire du bromure de potassium.\r\n\r\n25 mai. \u2013 Aucun changement ! Mon \u00e9tat, vraiment, est bizarre. \u00c0 mesure qu\u2019approche le soir, une inqui\u00e9tude incompr\u00e9hensible m\u2019envahit, comme si la nuit cachait pour moi une menace terrible. Je d\u00eene vite, puis j\u2019essaie de lire ; mais je ne comprends pas les mots ; je distingue \u00e0 peine les lettres. Je marche alors dans mon salon de long en large, sous l\u2019oppression d\u2019une crainte confuse et irr\u00e9sistible, la crainte du sommeil et la crainte du lit.\r\n\r\nVers dix heures, je monte dans ma chambre. \u00c0 peine entr\u00e9, je donne deux tours de clef, et je pousse les [pb_glossary id=\"3685\"]verrous[\/pb_glossary] ; j\u2019ai peur... de quoi ?... Je ne [pb_glossary id=\"3686\"]redoutais[\/pb_glossary] rien jusqu\u2019ici... j\u2019ouvre mes armoires, je regarde sous mon lit ; j\u2019\u00e9coute... j\u2019\u00e9coute... quoi ?... Est-ce \u00e9trange qu\u2019un simple malaise, un trouble de la circulation peut-\u00eatre, l\u2019irritation d\u2019un [pb_glossary id=\"3687\"]filet[\/pb_glossary] nerveux, un peu de congestion, une toute petite [pb_glossary id=\"3688\"]perturbation[\/pb_glossary] dans le fonctionnement si imparfait et si d\u00e9licat de notre machine vivante, puisse faire un m\u00e9lancolique du plus joyeux des hommes, et un poltron du plus brave ? Puis, je me couche, et j\u2019attends le sommeil comme on attendrait le bourreau. Je l\u2019attends avec l\u2019\u00e9pouvante de sa venue, et mon c\u0153ur bat, et mes jambes [pb_glossary id=\"3689\"]fr\u00e9missent[\/pb_glossary] ; et tout mon corps tressaille dans la chaleur des draps, jusqu\u2019au moment o\u00f9 je tombe tout \u00e0 coup dans le repos, comme on tomberait pour s\u2019y noyer, dans un [pb_glossary id=\"3690\"]gouffre[\/pb_glossary] d\u2019eau stagnante. Je ne le sens pas venir, comme autrefois, ce sommeil perfide, cach\u00e9 pr\u00e8s de moi, qui me guette, qui va me saisir par la t\u00eate, me fermer les yeux, m\u2019an\u00e9antir.\r\n\r\nJe dors \u2013 longtemps \u2013 deux ou trois heures \u2013 puis un r\u00eave \u2013 non \u2013 un cauchemar m\u2019\u00e9treint. Je sens bien que je suis couch\u00e9 et que je dors... je le sens et je le sais... et je sens aussi que quelqu\u2019un s\u2019approche de moi, me regarde, me palpe, monte sur mon lit, [pb_glossary id=\"3691\"]s\u2019agenouille[\/pb_glossary] sur ma poitrine, me prend le cou entre ses mains et serre... serre... de toute sa force pour m\u2019\u00e9trangler.\r\nMoi, je me d\u00e9bats, li\u00e9 par cette impuissance atroce, qui nous paralyse dans les songes ; je veux crier, \u2013 je ne peux pas ; \u2013 je veux remuer, \u2013 je ne peux pas ; \u2013 j\u2019essaie, avec des efforts affreux, en [pb_glossary id=\"3692\"]haletant[\/pb_glossary], de me tourner, de rejeter cet \u00eatre qui m\u2019\u00e9crase et qui m\u2019\u00e9touffe, \u2013 je ne peux pas !\r\n\r\nEt soudain, je m\u2019\u00e9veille, [pb_glossary id=\"3693\"]affol\u00e9[\/pb_glossary], couvert de sueur. J\u2019allume une bougie. Je suis seul.\r\n\r\nApr\u00e8s cette crise, qui se renouvelle toutes les nuits, je dors enfin, avec calme, jusqu\u2019\u00e0 [pb_glossary id=\"4043\"]l\u2019aurore[\/pb_glossary].\r\n\r\n2 juin. \u2013 Mon \u00e9tat s\u2019est encore aggrav\u00e9. Qu\u2019ai-je donc ? Le bromure n\u2019y fait rien ; les douches n\u2019y font rien. Tant\u00f4t, pour fatiguer mon corps, si las pourtant, j\u2019allai faire un tour dans la for\u00eat de Roumare. Je crus d\u2019abord que l\u2019air frais, l\u00e9ger et doux, plein d\u2019odeur d\u2019herbes et de feuilles, me versait aux veines un sang nouveau, au c\u0153ur une \u00e9nergie nouvelle. Je pris une grande avenue de chasse, puis je tournai vers La Bouille, par une all\u00e9e \u00e9troite, entre deux arm\u00e9es d\u2019arbres d\u00e9mesur\u00e9ment hauts qui mettaient un toit vert, \u00e9pais, presque noir, entre le ciel et moi.\r\n\r\nUn frisson me saisit soudain, non pas un frisson de froid, mais un \u00e9trange frisson d\u2019angoisse.\r\n\r\nJe [pb_glossary id=\"3694\"]h\u00e2tai[\/pb_glossary] le pas, inquiet d\u2019\u00eatre seul dans ce bois, apeur\u00e9 sans raison, stupidement, par la profonde solitude. Tout \u00e0 coup, il me sembla que j\u2019\u00e9tais suivi, qu\u2019on marchait sur mes talons, tout pr\u00e8s, \u00e0 me toucher.\r\n\r\nJe me retournai brusquement. J\u2019\u00e9tais seul. Je ne vis derri\u00e8re moi que la droite et large all\u00e9e vide, haute, redoutablement vide ; et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 elle s\u2019\u00e9tendait aussi \u00e0 perte de vue, toute pareille, effrayante.\r\n\r\nJe fermai les yeux. Pourquoi ? Et je me mis \u00e0 tourner sur un talon, tr\u00e8s vite, comme une toupie. Je faillis tomber ; je rouvris les yeux ; les arbres dansaient, la terre flottait ; je dus m\u2019asseoir.\r\n\r\nPuis, ah ! je ne savais plus par o\u00f9 j\u2019\u00e9tais venu ! Bizarre id\u00e9e ! Bizarre ! Bizarre\u00a0id\u00e9e ! Je ne savais plus du tout. Je partis par le c\u00f4t\u00e9 qui se trouvait \u00e0 ma droite, et je revins dans l\u2019avenue qui m\u2019avait amen\u00e9 au milieu de la for\u00eat.\r\n\r\n3 juin. \u2013 La nuit a \u00e9t\u00e9 horrible. Je vais m\u2019absenter pendant quelques semaines. Un petit voyage, sans doute, me remettra.2 juillet. \u2013 Je rentre. Je suis [pb_glossary id=\"3695\"]gu\u00e9ri[\/pb_glossary]. J\u2019ai fait [pb_glossary id=\"4070\"]d\u2019ailleurs[\/pb_glossary] une excursion charmante. J\u2019ai visit\u00e9 le mont Saint-Michel que je ne connaissais pas.\r\n\r\nQuelle vision, quand on arrive, comme moi, \u00e0 Avranches, vers la fin du jour ! La ville est sur une colline ; et on me conduisit dans le jardin public, au bout de la cit\u00e9. Je poussai un cri d\u2019\u00e9tonnement.\r\n\r\nUne baie d\u00e9mesur\u00e9e s\u2019\u00e9tendait devant moi, \u00e0 perte de vue, entre deux c\u00f4tes \u00e9cart\u00e9es se perdant au loin dans les brumes ; et au milieu de cette immense baie jaune, sous un ciel d\u2019or et de clart\u00e9, s\u2019\u00e9levait sombre et pointu un mont \u00e9trange, au milieu des sables. Le soleil venait de dispara\u00eetre, et sur l\u2019horizon encore flamboyant se dessinait le profil de ce fantastique rocher qui porte sur son sommet un fantastique monument.\r\n\r\nD\u00e8s l\u2019aurore, j\u2019allai vers lui. La mer \u00e9tait basse, comme la veille au soir, et je regardais se dresser devant moi, \u00e0 mesure que j\u2019approchais d\u2019elle, la surprenante [pb_glossary id=\"3697\"]abbaye[\/pb_glossary]. Apr\u00e8s plusieurs heures de marche, j\u2019atteignis l\u2019\u00e9norme bloc de pierre qui porte la petite cit\u00e9 domin\u00e9e par la grande \u00e9glise. Ayant [pb_glossary id=\"3698\"]gravi[\/pb_glossary] la rue \u00e9troite et rapide, j\u2019entrai dans la plus admirable [pb_glossary id=\"3756\"]demeure[\/pb_glossary] gothique construite pour Dieu sur la terre, vaste comme une ville, pleine de salles basses \u00e9cras\u00e9es sous des vo\u00fbtes et de hautes galeries que soutiennent de fr\u00eales [pb_glossary id=\"3699\"]colonnes[\/pb_glossary]. J\u2019entrai dans ce gigantesque bijou de granit, aussi l\u00e9ger qu\u2019une dentelle, couvert de tours, de [pb_glossary id=\"3700\"]sveltes[\/pb_glossary] clochetons, o\u00f9 montent des escaliers [pb_glossary id=\"3701\"]tordus[\/pb_glossary], et qui lancent dans le ciel bleu des jours, dans le ciel noir des nuits, leurs t\u00eates bizarres [pb_glossary id=\"3702\"]h\u00e9riss\u00e9es[\/pb_glossary] de chim\u00e8res, de diables, de b\u00eates fantastiques, de fleurs monstrueuses, et reli\u00e9s l\u2019un \u00e0 l\u2019autre par de fines arches ouvrag\u00e9es.\r\n\r\nQuand je fus sur le sommet, je dis au moine qui m\u2019accompagnait : \u00ab Mon P\u00e8re, comme vous devez \u00eatre bien ici ! \u00bb\r\nIl r\u00e9pondit : \u00ab Il y a beaucoup de vent, monsieur \u00bb ; et nous nous m\u00eemes \u00e0 causer en regardant monter la mer, qui courait sur le sable et le couvrait d\u2019une [pb_glossary id=\"3703\"]cuirasse[\/pb_glossary] [pb_glossary id=\"4108\"]d\u2019acier[\/pb_glossary].\r\n\r\nEt le moine me conta des histoires, toutes les vieilles histoires de ce lieu, des l\u00e9gendes, toujours des l\u00e9gendes.\r\n\r\nUne d\u2019elles me frappa beaucoup. Les gens du pays, ceux du mont, pr\u00e9tendent qu\u2019on entend parler la nuit dans les sables, puis qu\u2019on entend b\u00ealer deux ch\u00e8vres, l\u2019une avec une voix forte, l\u2019autre avec une voix faible. Les incr\u00e9dules affirment que ce sont les cris des oiseaux de mer, qui ressemblent tant\u00f4t \u00e0 des b\u00ealements, et tant\u00f4t \u00e0 des plaintes humaines ; mais les p\u00eacheurs attard\u00e9s [pb_glossary id=\"3704\"]jurent[\/pb_glossary] avoir rencontr\u00e9, r\u00f4dant sur les dunes, entre deux mar\u00e9es, autour de la petite ville jet\u00e9e ainsi loin du monde, un vieux berger, dont on ne voit jamais la t\u00eate couverte de son manteau, et qui conduit, en marchant devant eux, un bouc \u00e0 figure d\u2019homme et une ch\u00e8vre \u00e0 figure de femme, tous deux avec de longs cheveux blancs et parlant sans cesse, se [pb_glossary id=\"3705\"]querellant[\/pb_glossary] dans une langue inconnue, puis [pb_glossary id=\"3706\"]cessant[\/pb_glossary] soudain de crier pour b\u00ealer de toute leur force.\r\n\r\nJe dis au moine : \u00ab Y croyez-vous ? \u00bb Il murmura : \u00ab Je ne sais pas. \u00bb\r\n\r\nJe repris : \u00ab S\u2019il existait sur la terre d\u2019autres \u00eatres que nous, comment ne les conna\u00eetrions-nous point depuis longtemps ; comment ne les auriez-vous pas vus, vous ? comment ne les aurais-je pas vus, moi ? \u00bb\r\n\r\nIl r\u00e9pondit : \u00ab Est-ce que nous voyons la cent milli\u00e8me partie de ce qui existe ? Tenez, voici le vent, qui est la plus grande force de la nature, qui renverse les hommes, abat les \u00e9difices, d\u00e9racine les arbres, soul\u00e8ve la mer en montagnes d\u2019eau, d\u00e9truit les [pb_glossary id=\"3707\"]falaises[\/pb_glossary], et jette aux [pb_glossary id=\"4056\"]brisants[\/pb_glossary] les grands navires, le vent qui tue, qui siffle, qui [pb_glossary id=\"3708\"]g\u00e9mit[\/pb_glossary], qui [pb_glossary id=\"3709\"]mugit[\/pb_glossary], \u2013 l\u2019avez-vous vu, et pouvez-vous le voir ? Il existe, pourtant. \u00bb\r\n\r\nJe me tus devant ce simple raisonnement. Cet homme \u00e9tait un sage ou peut-\u00eatre un sot. Je ne l\u2019aurais pu affirmer au juste ; mais je me tus. Ce qu\u2019il disait l\u00e0, je l\u2019avais pens\u00e9 souvent.\r\n\r\n3 juillet. \u2013 J\u2019ai mal dormi ; certes, il y a ici une influence fi\u00e9vreuse, car mon cocher souffre du m\u00eame mal que moi. En rentrant hier, j\u2019avais remarqu\u00e9 sa p\u00e2leur singuli\u00e8re. Je lui demandai :\r\n\r\n\u00ab Qu\u2019est-ce que vous avez, Jean ?\r\n\u2013 J\u2019ai que je ne peux plus me reposer, monsieur, ce sont mes nuits qui mangent mes jours. Depuis le d\u00e9part de monsieur, cela me tient comme un sort. \u00bb\r\n\r\nLes autres domestiques vont bien cependant, mais j\u2019ai grand-peur d\u2019\u00eatre repris, moi.\r\n\r\n4 juillet. \u2013 D\u00e9cid\u00e9ment, je suis repris. Mes cauchemars anciens reviennent.\r\n\r\nCette nuit, j\u2019ai senti quelqu\u2019un [pb_glossary id=\"3662\"]accroupi[\/pb_glossary] sur moi, et qui, sa bouche sur la mienne, buvait ma vie entre mes l\u00e8vres. Oui, il la puisait dans ma gorge, comme aurait fait une [pb_glossary id=\"3711\"]sangsue[\/pb_glossary]. Puis il s\u2019est lev\u00e9, [pb_glossary id=\"3712\"]repu[\/pb_glossary], et moi je me suis r\u00e9veill\u00e9, tellement [pb_glossary id=\"3713\"]meurtri[\/pb_glossary], bris\u00e9, [pb_glossary id=\"3714\"]an\u00e9anti[\/pb_glossary], que je ne pouvais plus remuer. Si cela continue encore quelques jours, je repartirai certainement.\r\n\r\n5 juillet. \u2013 Ai-je perdu la raison ? Ce qui s\u2019est pass\u00e9 la nuit derni\u00e8re est tellement \u00e9trange, que ma t\u00eate [pb_glossary id=\"3715\"]s\u2019\u00e9gare[\/pb_glossary] quand j\u2019y songe !\r\n\r\nComme je le fais maintenant chaque soir, j\u2019avais ferm\u00e9 ma porte \u00e0 clef ; puis, ayant soif, je bus un demi-verre d\u2019eau, et je remarquai par hasard que ma carafe \u00e9tait pleine jusqu\u2019au bouchon de cristal.\r\n\r\nJe me couchai ensuite et je tombai dans un de mes sommeils [pb_glossary id=\"3716\"]\u00e9pouvantables[\/pb_glossary], dont je fus tir\u00e9 au bout de deux heures environ par une [pb_glossary id=\"3717\"]secousse[\/pb_glossary] plus affreuse encore.\r\n\r\nFigurez-vous un homme qui dort, qu\u2019on assassine, et qui se r\u00e9veille, avec un couteau dans le poumon, et qui r\u00e2le couvert de sang, et qui ne peut plus respirer, et qui va mourir, et qui ne comprend pas \u2013 voil\u00e0.\r\n\r\nAyant enfin reconquis ma raison, j\u2019eus soif de nouveau ; j\u2019allumai une bougie et j\u2019allai vers la table o\u00f9 \u00e9tait pos\u00e9e ma carafe. Je la soulevai en la penchant sur mon verre ; rien ne coula. \u2013 Elle \u00e9tait vide ! Elle \u00e9tait vide compl\u00e8tement ! D\u2019abord, je n\u2019y compris rien ; puis, tout \u00e0 coup, je ressentis une \u00e9motion si terrible, que je dus m\u2019asseoir, ou plut\u00f4t, que je tombai sur une chaise ! puis, je me redressai d\u2019un saut pour regarder autour de moi ! puis je me rassis, \u00e9perdu d\u2019\u00e9tonnement et de peur, devant le cristal transparent ! Je le contemplais avec des yeux fixes, cherchant \u00e0 deviner.\r\n\r\nMes mains tremblaient ! On avait donc bu cette eau ? Qui ? Moi ? moi, sans doute ? Ce ne pouvait \u00eatre que moi ? Alors, j\u2019\u00e9tais [pb_glossary id=\"3718\"]somnambule[\/pb_glossary], je vivais, sans le savoir, de cette double vie myst\u00e9rieuse qui fait douter s\u2019il y a deux \u00eatres en nous, ou\r\nsi un \u00eatre \u00e9tranger, inconnaissable et invisible, anime, par moments, quand notre \u00e2me est [pb_glossary id=\"4113\"]engourdie[\/pb_glossary], notre corps captif qui [pb_glossary id=\"3719\"]ob\u00e9it[\/pb_glossary] \u00e0 cet autre, comme \u00e0 nous- m\u00eames, plus qu\u2019\u00e0 nous-m\u00eames.\r\n\r\nAh ! qui comprendra mon [pb_glossary id=\"3720\"]angoisse[\/pb_glossary] abominable ? Qui comprendra l\u2019\u00e9motion d\u2019un homme, sain d\u2019esprit, bien \u00e9veill\u00e9, plein de raison et qui regarde \u00e9pouvant\u00e9, \u00e0 travers le verre d\u2019une carafe, un peu d\u2019eau disparue pendant qu\u2019il a dormi ! Et je restai l\u00e0 jusqu\u2019au jour, sans [pb_glossary id=\"3721\"]oser[\/pb_glossary] regagner mon lit.\r\n\r\n6 juillet. \u2013 Je deviens fou. On a encore bu toute ma carafe cette nuit ; \u2013 ou plut\u00f4t, je l\u2019ai bue !\r\n\r\nMais, est-ce moi ? Est-ce moi ? Qui serait-ce ? Qui ? Oh ! mon Dieu ! Je deviens fou ! Qui me sauvera ?\r\n\r\n10 juillet. \u2013 Je viens de faire des \u00e9preuves surprenantes.\r\n\r\nD\u00e9cid\u00e9ment, je suis fou ! Et pourtant !\r\n\r\nLe 6 juillet, avant de me coucher, j\u2019ai plac\u00e9 sur ma table du vin, du lait, de l\u2019eau, du pain et des fraises.\r\n\r\nOn a bu \u2013 j\u2019ai bu \u2013 toute l\u2019eau, et un peu de lait.\r\n\r\nOn n\u2019a touch\u00e9 ni au vin, ni au pain, ni aux fraises.\r\n\r\nLe 7 juillet, j\u2019ai renouvel\u00e9 la m\u00eame [pb_glossary id=\"3722\"]\u00e9preuve[\/pb_glossary], qui a donn\u00e9 le m\u00eame r\u00e9sultat.\r\n\r\nLe 8 juillet, j\u2019ai supprim\u00e9 l\u2019eau et le lait. On n\u2019a touch\u00e9 \u00e0 rien.\r\n\r\nLe 9 juillet enfin, j\u2019ai remis sur ma table l\u2019eau et le lait seulement, en ayant soin d\u2019envelopper les carafes en des linges de mousseline blanche et de ficeler les bouchons. Puis, j\u2019ai frott\u00e9 mes l\u00e8vres, ma barbe, mes mains avec de la mine de [pb_glossary id=\"3723\"]plomb[\/pb_glossary], et je me suis couch\u00e9.\r\n\r\nL\u2019invincible sommeil m\u2019a saisi, suivi bient\u00f4t de l\u2019atroce r\u00e9veil. Je n\u2019avais point remu\u00e9 ; mes draps eux-m\u00eames ne portaient pas de taches. Je m\u2019\u00e9lan\u00e7ai vers ma table. Les linges enfermant les bouteilles \u00e9taient demeur\u00e9s immacul\u00e9s. Je [pb_glossary id=\"3724\"]d\u00e9liai[\/pb_glossary] les [pb_glossary id=\"3725\"]cordons[\/pb_glossary], en palpitant de [pb_glossary id=\"3726\"]crainte[\/pb_glossary]. On avait bu toute l\u2019eau ! on avait bu tout le lait ! Ah ! mon Dieu !...\r\n\r\nJe vais partir tout \u00e0 l\u2019heure pour Paris.<img class=\"alignleft wp-image-3615 \" src=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_202917357.png\" alt=\"\" width=\"224\" height=\"518\" \/>\r\n\r\n12 juillet. \u2013 Paris. J\u2019avais donc perdu la t\u00eate les jours derniers ! J\u2019ai d\u00fb \u00eatre le jouet de mon imagination \u00e9nerv\u00e9e, \u00e0 moins que je ne sois vraiment somnambule, ou que j\u2019aie subi une de ces influences constat\u00e9es, mais inexplicables jusqu\u2019ici, qu\u2019on appelle suggestions. En tout cas, mon affolement touchait \u00e0 la [pb_glossary id=\"3749\"]d\u00e9mence[\/pb_glossary], et vingt-quatre heures de Paris ont suffi pour me remettre [pb_glossary id=\"4048\"]d\u2019aplomb[\/pb_glossary].\r\n\r\nHier, apr\u00e8s des courses et des visites, qui m\u2019ont fait passer dans l\u2019\u00e2me de l\u2019air nouveau et vivifiant, j\u2019ai fini ma soir\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre-Fran\u00e7ais. On y jouait une pi\u00e8ce d\u2019Alexandre Dumas fils ; et cet esprit alerte et puissant a achev\u00e9 de me gu\u00e9rir. Certes, la solitude est dangereuse pour les intelligences qui travaillent. Il nous faut autour de nous, des hommes qui pensent et qui parlent. Quand nous sommes seuls longtemps, nous peuplons le vide de fant\u00f4mes.\r\n\r\nJe suis rentr\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4tel tr\u00e8s [pb_glossary id=\"4104\"]gai[\/pb_glossary], par les boulevards. Au coudoiement de la foule, je [pb_glossary id=\"3728\"]songeais[\/pb_glossary], non sans ironie, \u00e0 mes terreurs, \u00e0 mes suppositions de l\u2019autre semaine, car j\u2019ai cru, oui, j\u2019ai cru qu\u2019un \u00eatre invisible habitait sous mon toit. Comme notre t\u00eate est faible et s\u2019effare, et s\u2019\u00e9gare vite, d\u00e8s qu\u2019un petit fait incompr\u00e9hensible nous frappe !\r\n\r\nAu lieu de conclure par ces simples mots : \u00ab Je ne comprends pas parce que la cause m\u2019\u00e9chappe \u00bb, nous imaginons aussit\u00f4t des myst\u00e8res effrayants et des puissances surnaturelles.\r\n\r\n14 juillet. \u2013 F\u00eate de la R\u00e9publique. Je me suis promen\u00e9 par les rues. Les p\u00e9tards et les drapeaux m\u2019amusaient comme un enfant. C\u2019est pourtant fort b\u00eate d\u2019\u00eatre joyeux, \u00e0 date fixe, par d\u00e9cret du gouvernement. Le peuple\u00a0est un [pb_glossary id=\"4143\"]troupeau[\/pb_glossary] imb\u00e9cile, tant\u00f4t stupidement patient et tant\u00f4t f\u00e9rocement r\u00e9volt\u00e9. On lui dit : \u00ab Amuse- toi. \u00bb Il s\u2019amuse. On lui dit : \u00ab Va te battre avec le voisin. \u00bb Il va se battre. On lui dit : \u00ab Vote pour l\u2019Empereur. \u00bb Il vote pour l\u2019Empereur. Puis, on lui dit : \u00ab Vote pour la R\u00e9publique. \u00bb Et il vote pour la R\u00e9publique.\r\n\r\nCeux qui le dirigent sont aussi sots ; mais au lieu d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 des hommes, ils ob\u00e9issent \u00e0 des principes, lesquels ne peuvent \u00eatre que [pb_glossary id=\"3729\"]niais[\/pb_glossary], st\u00e9riles et faux, par cela m\u00eame qu\u2019ils sont des principes, c\u2019est-\u00e0-dire des id\u00e9es r\u00e9put\u00e9es certaines et immuables, en ce monde o\u00f9 l\u2019on n\u2019est s\u00fbr de rien, puisque la lumi\u00e8re est une illusion, puisque le bruit est une illusion.\r\n\r\n16 juillet. \u2013 J\u2019ai vu hier des choses qui m\u2019ont beaucoup troubl\u00e9.\r\n\r\nJe d\u00eenais chez ma cousine, Mme Sabl\u00e9, dont le mari commande le 76e chasseurs \u00e0 Limoges. Je me trouvais chez elle avec deux jeunes femmes, dont l\u2019une a \u00e9pous\u00e9 un m\u00e9decin, le docteur Parent, qui s\u2019occupe beaucoup des maladies nerveuses et des manifestations extraordinaires auxquelles donnent lieu en ce moment les exp\u00e9riences sur l\u2019hypnotisme et la suggestion.\r\n\r\nIl nous raconta longtemps les r\u00e9sultats prodigieux obtenus par des savants anglais et par les m\u00e9decins de l\u2019\u00e9cole de Nancy.\r\n\r\nLes faits qu\u2019il avan\u00e7a me [pb_glossary id=\"3730\"]parurent[\/pb_glossary] tellement bizarres, que je me d\u00e9clarai tout \u00e0 fait incr\u00e9dule.\r\n\r\n\u00ab Nous sommes, affirmait-il, sur le point de d\u00e9couvrir un des plus importants secrets de la nature, je veux dire, un de ses plus importants secrets sur cette terre ; car elle en a certes d\u2019autrement importants, l\u00e0-bas, dans les \u00e9toiles. Depuis que l\u2019homme pense, depuis qu\u2019il sait dire et \u00e9crire sa pens\u00e9e, il se sent fr\u00f4l\u00e9 par un myst\u00e8re imp\u00e9n\u00e9trable pour ses sens grossiers et imparfaits, et il t\u00e2che de suppl\u00e9er, par l\u2019effort de son intelligence, \u00e0 l\u2019impuissance de ses organes. Quand cette intelligence demeurait encore \u00e0 l\u2019\u00e9tat rudimentaire, cette [pb_glossary id=\"3731\"]hantise[\/pb_glossary] des ph\u00e9nom\u00e8nes invisibles a pris des formes [pb_glossary id=\"3732\"]banalement[\/pb_glossary] effrayantes. De l\u00e0 sont n\u00e9es les croyances populaires au surnaturel, les l\u00e9gendes des esprits r\u00f4deurs, des f\u00e9es, des gnomes, des revenants, je dirai m\u00eame la l\u00e9gende de Dieu, car nos conceptions de l\u2019ouvrier-cr\u00e9ateur, de quelque religion qu\u2019elles nous viennent, sont bien les inventions les plus m\u00e9diocres, les plus stupides, les plus inacceptables sorties du cerveau [pb_glossary id=\"3733\"]apeur\u00e9[\/pb_glossary] des cr\u00e9atures. Rien de plus vrai que cette parole de\u00a0Voltaire : \u201cDieu a fait l\u2019homme \u00e0 son image, mais l\u2019homme le lui a bien rendu.\u201d\r\n\r\n\u00ab Mais, depuis un peu plus d\u2019un si\u00e8cle, on semble pressentir quelque chose de nouveau. Mesmer et quelques autres nous ont mis sur une voie inattendue, et nous sommes arriv\u00e9s vraiment, depuis quatre ou cinq ans surtout, \u00e0 des r\u00e9sultats surprenants. \u00bb\r\n\r\nMa cousine, tr\u00e8s incr\u00e9dule aussi, souriait. Le docteur Parent lui dit : \u00ab Voulez-vous que j\u2019essaie de vous endormir, madame ?\r\n\u2013 Oui, je veux bien. \u00bb\r\n\r\nElle s\u2019assit dans un fauteuil et il commen\u00e7a \u00e0 la regarder fixement en la fascinant. Moi, je me sentis soudain un peu troubl\u00e9, le c\u0153ur battant, la gorge serr\u00e9e. Je voyais les yeux de Mme Sabl\u00e9 s\u2019alourdir, sa bouche se crisper, sa poitrine haleter.\r\n\r\nAu bout de dix minutes, elle dormait.\r\n\r\n\u00ab Mettez-vous derri\u00e8re elle \u00bb, dit le m\u00e9decin.\r\n\r\nEt je m\u2019assis derri\u00e8re elle. Il lui pla\u00e7a entre les mains une carte de visite en lui disant : \u00ab Ceci est un miroir ; que voyez-vous dedans ? \u00bb\r\n\r\nElle r\u00e9pondit :\r\n\u00ab Je vois mon cousin.\r\n\u2013 Que fait-il ?\r\n\u2013 Il se tord la moustache.\r\n\u2013 Et maintenant ?\r\n\u2013 Il tire de sa poche une photographie.\r\n\u2013 Quelle est cette photographie ?\r\n\u2013 La sienne. \u00bb\r\nC\u2019\u00e9tait vrai ! Et cette photographie venait de m\u2019\u00eatre livr\u00e9e, le soir m\u00eame, \u00e0 l\u2019h\u00f4tel.\r\n\u00ab Comment est-il sur ce portrait ?\r\n\u2013 Il se tient debout avec son chapeau \u00e0 la main. \u00bb\r\nDonc elle voyait dans cette carte, dans ce carton blanc, comme elle e\u00fbt vu dans une glace.\r\n\r\nLes jeunes femmes, \u00e9pouvant\u00e9es, disaient :\r\n\u00ab Assez ! Assez ! Assez ! \u00bb\r\n\r\nMais le docteur ordonna : \u00ab Vous vous l\u00e8verez demain \u00e0 huit heures ; puis vous irez trouver \u00e0 son h\u00f4tel votre cousin, et vous le supplierez de vous\u00a0pr\u00eater cinq mille francs que votre mari vous demande et qu\u2019il vous r\u00e9clamera \u00e0 son prochain voyage. \u00bb\r\n\r\nPuis il la r\u00e9veilla.\r\n\r\nEn rentrant \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, je songeai\u00a0\u00e0 cette curieuse s\u00e9ance et des doutes m\u2019assaillirent, non point sur l\u2019absolue, sur [pb_glossary id=\"3736\"]l\u2019insoup\u00e7onnable[\/pb_glossary] bonne foi de ma cousine, que je connaissais comme une s\u0153ur, depuis l\u2019enfance, mais sur une supercherie possible du docteur. Ne dissimulait-il pas dans sa main une glace qu\u2019il montrait \u00e0 la jeune femme endormie, en m\u00eame temps que sa carte de visite ? Les [pb_glossary id=\"3737\"]prestidigitateurs[\/pb_glossary] de profession font des choses autrement singuli\u00e8res.\r\n\r\nJe rentrai donc et je me couchai.\r\n\r\nOr, ce matin, vers huit heures et demie, je fus r\u00e9veill\u00e9 par mon valet de chambre, qui me dit :\r\n\u00ab C\u2019est Mme Sabl\u00e9 qui demande \u00e0 parler \u00e0 monsieur tout de suite. \u00bb\r\n\r\nJe m\u2019habillai \u00e0 la h\u00e2te et je la re\u00e7us.\r\n\r\nElle s\u2019assit fort troubl\u00e9e, les yeux baiss\u00e9s, et, sans lever son voile, elle me dit :\r\n\u00ab Mon cher cousin, j\u2019ai un gros service \u00e0 vous demander.\r\n\u2013 Lequel, ma cousine ?\r\n\u2013 Cela me g\u00eane beaucoup de vous le dire, et pourtant, il le faut. J\u2019ai besoin, absolument besoin, de cinq mille francs.\r\n\u2013 Allons donc, vous ?\r\n\u2013 Oui, moi, ou plut\u00f4t mon mari, qui me charge de les trouver. \u00bb\r\n\r\nJ\u2019\u00e9tais tellement stup\u00e9fait, que je balbutiais mes r\u00e9ponses. Je me demandais si vraiment elle ne s\u2019\u00e9tait pas moqu\u00e9e de moi avec le docteur Parent, si ce n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0 une simple farce pr\u00e9par\u00e9e d\u2019avance et fort bien jou\u00e9e.\r\n\r\nMais, en la regardant avec attention, tous mes doutes se dissip\u00e8rent. Elle tremblait d\u2019angoisse, tant cette d\u00e9marche lui \u00e9tait douloureuse, et je compris qu\u2019elle avait la gorge pleine de sanglots.\r\n\r\nJe la savais fort riche et je repris :\r\n\u00ab Comment ! votre mari n\u2019a pas cinq mille francs \u00e0 sa disposition ! Voyons, r\u00e9fl\u00e9chissez. \u00cates-vous s\u00fbre qu\u2019il vous a charg\u00e9e de me les demander ? \u00bb\r\n\r\nElle h\u00e9sita quelques secondes comme si elle e\u00fbt fait un grand effort pour chercher dans son souvenir, puis elle r\u00e9pondit :\r\n\u00ab Oui..., oui... j\u2019en suis s\u00fbre. \u2013 Il vous a \u00e9crit ? \u00bb\r\n\r\nElle h\u00e9sita encore, r\u00e9fl\u00e9chissant. Je devinai le travail torturant de sa pens\u00e9e. Elle ne savait pas. Elle savait seulement qu\u2019elle devait m\u2019emprunter cinq mille francs pour son mari. Donc elle osa mentir.\r\n\r\n\u00ab Oui, il m\u2019a \u00e9crit.\r\n\u2013 Quand donc ? Vous ne m\u2019avez parl\u00e9 de rien, hier.\r\n\u2013 J\u2019ai re\u00e7u sa lettre ce matin.\r\n\u2013 Pouvez-vous me la montrer ?\r\n\u2013 Non... non... non... elle contenait des choses intimes... trop personnelles... je l\u2019ai... je l\u2019ai br\u00fbl\u00e9e.\r\n\u2013 Alors, c\u2019est que votre mari fait des dettes. \u00bb Elle h\u00e9sita encore, puis murmura :\r\n\u00ab Je ne sais pas. \u00bb\r\n\r\nJe d\u00e9clarai brusquement :\r\n\u00ab C\u2019est que je ne puis disposer de cinq mille francs en ce moment, ma ch\u00e8re cousine. \u00bb\r\nElle poussa une sorte de cri de souffrance.\r\n\u00ab Oh ! oh ! je vous en prie, je vous en prie, trouvez-les... \u00bb\r\n\r\nElle s\u2019exaltait, joignait les mains comme si elle m\u2019e\u00fbt pri\u00e9 ! J\u2019entendais sa voix changer de ton ; elle\u00a0pleurait et [pb_glossary id=\"3739\"]b\u00e9gayait[\/pb_glossary], [pb_glossary id=\"3740\"]harcel\u00e9e[\/pb_glossary], domin\u00e9e par l\u2019ordre irr\u00e9sistible qu\u2019elle avait re\u00e7u.\r\n\r\n\u00ab Oh ! oh ! je vous en supplie... si vous saviez comme je souffre... il me les faut aujourd\u2019hui. \u00bb\r\nJ\u2019eus piti\u00e9 d\u2019elle.\r\n\u00ab Vous les aurez tant\u00f4t, je vous le jure. \u00bb Elle s\u2019\u00e9cria :\r\n\u00ab Oh ! merci ! merci ! que vous \u00eates bon. \u00bb\r\nJe repris : \u00ab Vous rappelez-vous ce qui s\u2019est pass\u00e9 hier chez vous ?\r\n\u2013 Oui.\r\n\u2013 Vous rappelez-vous que le docteur Parent vous a endormie ?\r\n\u2013 Oui.\r\n\u2013 Eh bien, il vous a ordonn\u00e9 de venir m\u2019emprunter ce matin cinq mille francs, et vous ob\u00e9issez en ce moment \u00e0 cette suggestion. \u00bb\r\n\r\nElle r\u00e9fl\u00e9chit quelques secondes et r\u00e9pondit :\r\n\u00ab Puisque c\u2019est mon mari qui les demande. \u00bb Pendant une heure, j\u2019essayai de la convaincre, mais je n\u2019y pus parvenir.\r\n\r\nQuand elle fut partie, je courus chez le docteur. Il allait sortir ; et il m\u2019\u00e9couta en souriant. Puis il dit :\r\n\r\n\u00ab Croyez-vous maintenant ?\r\n\u2013 Oui, il le faut bien.\r\n\u2013 Allons chez votre parente. \u00bb\r\n\r\nElle sommeillait d\u00e9j\u00e0 sur une chaise longue, accabl\u00e9e de fatigue. Le m\u00e9decin lui prit le pouls, la regarda quelque temps, une main lev\u00e9e vers ses yeux qu\u2019elle ferma peu \u00e0 peu sous l\u2019effort insoutenable de cette puissance magn\u00e9tique.\r\n\r\nQuand elle fut endormie :\r\n\u00ab Votre mari n\u2019a plus besoin de cinq mille francs. Vous allez donc oublier que vous avez pri\u00e9 votre cousin de vous les pr\u00eater, et, s\u2019il vous parle de cela, vous ne comprendrez pas. \u00bb\r\n\r\nPuis il la r\u00e9veilla. Je tirai de ma poche un portefeuille :\r\n\u00ab Voici, ma ch\u00e8re cousine, ce que vous m\u2019avez demand\u00e9 ce matin. \u00bb\r\n\r\nElle fut tellement surprise que je n\u2019osai pas insister. J\u2019essayai cependant de [pb_glossary id=\"3741\"]ranimer[\/pb_glossary] sa m\u00e9moire, mais elle nia avec force, crut que je me [pb_glossary id=\"4153\"]moquais[\/pb_glossary] d\u2019elle, et faillit, \u00e0 la fin, se f\u00e2cher.\r\n. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .\r\nVoil\u00e0 ! je viens de rentrer ; et je n\u2019ai pu d\u00e9jeuner, tant cette exp\u00e9rience m\u2019a boulevers\u00e9.\r\n\r\n19 juillet. \u2013 Beaucoup de personnes \u00e0 qui j\u2019ai racont\u00e9 cette aventure se sont moqu\u00e9es de moi. Je ne sais plus que penser. Le sage dit : Peut-\u00eatre ?\r\n\r\n21 juillet. \u2013 J\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u00eener \u00e0 Bougival, puis j\u2019ai pass\u00e9 la soir\u00e9e au bal des canotiers. D\u00e9cid\u00e9ment, tout d\u00e9pend des lieux et des milieux. Croire au surnaturel dans l\u2019\u00eele de la Grenouill\u00e8re, serait le comble de la folie... mais au sommet du mont Saint- Michel ?... mais dans les Indes ? Nous subissons effroyablement l\u2019influence de ce qui nous entoure. Je rentrerai chez moi la semaine prochaine.\r\n\r\n30 juillet. \u2013 Je suis revenu dans ma maison depuis hier. Tout va bien.\r\n\r\n2 ao\u00fbt. \u2013 Rien de nouveau ; il fait un temps superbe. Je passe mes journ\u00e9es \u00e0 regarder couler la Seine.\r\n\r\n4 ao\u00fbt. \u2013 Querelles parmi mes domestiques. Ils pr\u00e9tendent qu\u2019on casse les verres, la nuit, dans les armoires. Le valet de chambre accuse la cuisini\u00e8re, qui accuse la ling\u00e8re, qui accuse les deux autres. Quel est le coupable ? Bien fin qui le dirait !\r\n\r\n6 ao\u00fbt. \u2013 Cette fois, je ne suis pas fou. J\u2019ai vu... j\u2019ai vu... j\u2019ai vu !... Je ne puis plus douter... j\u2019ai vu !... J\u2019ai encore froid jusque dans les ongles... j\u2019ai encore peur jusque dans les moelles... j\u2019ai vu !...\r\n\r\nJe me promenais \u00e0 deux heures, en plein soleil, dans mon parterre de rosiers... dans l\u2019all\u00e9e des rosiers d\u2019automne qui commencent \u00e0 fleurir.\r\n\r\nComme je m\u2019arr\u00eatais \u00e0 regarder un g\u00e9ant des batailles, qui portait trois fleurs magnifiques, je vis, je vis distinctement, tout pr\u00e8s de moi, la tige d\u2019une de ces roses se plier, comme si une main invisible l\u2019e\u00fbt tordue, puis se casser, comme si cette main l\u2019e\u00fbt cueillie ! Puis la fleur s\u2019\u00e9leva, suivant une courbe qu\u2019aurait d\u00e9crite un bras en la portant vers une bouche, et elle resta suspendue dans l\u2019air transparent, toute seule, immobile, effrayante tache rouge \u00e0 trois pas de mes yeux.\r\n\r\n[pb_glossary id=\"3744\"]\u00c9perdu[\/pb_glossary], je me jetai sur elle pour la saisir ! Je ne trouvai rien ; elle avait disparu. Alors je fus pris d\u2019une col\u00e8re furieuse contre moi-m\u00eame ; car il n\u2019est pas permis \u00e0 un homme raisonnable et s\u00e9rieux d\u2019avoir de pareilles hallucinations.\r\n\r\nMais \u00e9tait-ce bien une hallucination ? Je me retournai pour chercher la tige, et je la retrouvai imm\u00e9diatement sur l\u2019arbuste, fra\u00eechement bris\u00e9e entre les deux autres roses demeur\u00e9es \u00e0 la branche.\r\n\r\nAlors, je rentrai chez moi l\u2019\u00e2me boulevers\u00e9e, car je suis certain, maintenant, certain comme de l\u2019alternance des jours et des nuits, qu\u2019il existe pr\u00e8s de moi un \u00eatre invisible, qui se nourrit de lait et\u00a0d\u2019eau, qui peut toucher aux choses, les prendre et les changer de place, dou\u00e9 par cons\u00e9quent d\u2019une nature mat\u00e9rielle, bien qu\u2019imperceptible pour nos sens, et qui habite comme moi, sous mon toit...<img class=\"alignright wp-image-3610 \" src=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_201917084.png\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"584\" \/>\r\n\r\n7 ao\u00fbt. \u2013 J\u2019ai dormi tranquille. Il a bu l\u2019eau de ma carafe, mais n\u2019a point troubl\u00e9 mon sommeil.\r\n\r\nJe me demande si je suis fou. En me promenant, tant\u00f4t au grand soleil, le long de la rivi\u00e8re, des doutes me sont venus sur ma raison, non point des doutes vagues comme j\u2019en avais jusqu\u2019ici, mais des doutes pr\u00e9cis, absolus. J\u2019ai vu des fous ; j\u2019en ai connu qui restaient intelligents, lucides, clairvoyants m\u00eame sur toutes les choses de la vie, sauf sur un point. Ils parlaient de tout avec clart\u00e9, avec souplesse, avec profondeur, et soudain leur pens\u00e9e, touchant l\u2019\u00e9cueil de leur folie s\u2019y d\u00e9chirait en pi\u00e8ces, [pb_glossary id=\"3747\"]s\u2019\u00e9parpillait[\/pb_glossary] et sombrait dans cet oc\u00e9an effrayant et furieux, plein de vagues bondissantes, de brouillards, de [pb_glossary id=\"3748\"]bourrasques[\/pb_glossary], qu\u2019on nomme \u00ab la d\u00e9mence \u00bb.\r\n\r\nCertes, je me croirais fou, absolument fou, si je n\u2019\u00e9tais conscient, si je ne connaissais parfaitement mon \u00e9tat, si je ne le sondais en l\u2019analysant avec une compl\u00e8te lucidit\u00e9. Je ne serais donc, en somme, qu\u2019un hallucin\u00e9 raisonnant. Un trouble inconnu se serait produit dans mon cerveau, un de ces troubles qu\u2019essaient de noter et de pr\u00e9ciser aujourd\u2019hui les physiologistes ; et ce trouble aurait d\u00e9termin\u00e9 dans mon esprit, dans l\u2019ordre et la logique de mes id\u00e9es, une crevasse profonde. Des ph\u00e9nom\u00e8nes semblables ont lieu dans le r\u00eave qui nous prom\u00e8ne \u00e0 travers les fantasmagories les plus [pb_glossary id=\"3750\"]invraisemblables[\/pb_glossary], sans que nous en soyons surpris, parce que l\u2019appareil v\u00e9rificateur, parce que le sens du contr\u00f4le est endormi ; tandis que la facult\u00e9 imaginative veille et travaille. Ne se peut-il pas qu\u2019une des imperceptibles touches du clavier c\u00e9r\u00e9bral se trouve paralys\u00e9e chez moi ? Des hommes, \u00e0 la suite d\u2019accidents, perdent la m\u00e9moire des noms propres ou des verbes ou des chiffres, ou seulement des dates. Les localisations de toutes les parcelles de la pens\u00e9e sont aujourd\u2019hui prouv\u00e9es. Or, quoi d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce que ma facult\u00e9 de contr\u00f4ler l\u2019irr\u00e9alit\u00e9 de certaines hallucinations, se trouve engourdie chez moi en ce moment !\r\n\r\nJe songeais \u00e0 tout cela en suivant le bord de l\u2019eau. Le soleil couvrait de clart\u00e9 la rivi\u00e8re, faisait la terre d\u00e9licieuse, emplissait mon regard d\u2019amour pour la vie, pour les [pb_glossary id=\"3751\"]hirondelles[\/pb_glossary], dont l\u2019agilit\u00e9 est une joie de mes yeux, pour les herbes de la rive dont le fr\u00e9missement est un bonheur de mes oreilles.\r\n\r\nPeu \u00e0 peu, cependant, un malaise inexplicable me p\u00e9n\u00e9trait. Une force, me semblait-il, une force occulte m\u2019engourdissait, m\u2019arr\u00eatait, m\u2019emp\u00eachait d\u2019aller plus loin, me rappelait en arri\u00e8re. J\u2019\u00e9prouvais ce besoin douloureux de rentrer qui vous oppresse, quand on a laiss\u00e9 au logis un malade aim\u00e9, et que le pressentiment vous saisit d\u2019une aggravation de son mal.\r\n\r\nDonc, je revins malgr\u00e9 moi, s\u00fbr que j\u2019allais trouver, dans ma maison, une mauvaise nouvelle, une lettre ou une d\u00e9p\u00eache. Il n\u2019y avait rien ; et je demeurai plus surpris et plus inquiet que si j\u2019avais eu de nouveau quelque vision fantastique.\r\n\r\n8 ao\u00fbt. \u2013 J\u2019ai pass\u00e9 hier une affreuse soir\u00e9e. Il ne se manifeste plus, mais je le sens pr\u00e8s de moi, m\u2019\u00e9piant, me regardant, me p\u00e9n\u00e9trant, me dominant et plus [pb_glossary id=\"3754\"]redoutable[\/pb_glossary], en se cachant ainsi, que s\u2019il signalait par des ph\u00e9nom\u00e8nes surnaturels sa pr\u00e9sence invisible et constante.\r\n\r\nJ\u2019ai dormi, pourtant.\r\n\r\n9 ao\u00fbt. \u2013 Rien, mais j\u2019ai peur.\r\n\r\n10 ao\u00fbt. \u2013 Rien ; qu\u2019arrivera-t-il demain ?\r\n\r\n11 ao\u00fbt. \u2013 Toujours rien ; je ne puis plus rester chez moi avec cette crainte et cette pens\u00e9e entr\u00e9es en mon \u00e2me ; je vais partir.\r\n\r\n12 ao\u00fbt, 10 heures du soir. \u2013 Tout le jour j\u2019ai voulu m\u2019en aller ; je n\u2019ai pas pu. J\u2019ai voulu accomplir cet acte de libert\u00e9 si facile, si simple, \u2013 sortir \u2013 monter dans ma voiture pour gagner Rouen \u2013 je n\u2019ai pas pu. Pourquoi ?\r\n\r\n13 ao\u00fbt. \u2013 Quand on est atteint par certaines maladies, tous les ressorts de l\u2019\u00eatre physique semblent bris\u00e9s, toutes les \u00e9nergies an\u00e9anties, tous les muscles rel\u00e2ch\u00e9s, les os devenus mous comme la chair et la chair liquide comme de l\u2019eau. J\u2019\u00e9prouve cela dans mon \u00eatre moral d\u2019une fa\u00e7on \u00e9trange et d\u00e9solante. Je n\u2019ai plus aucune force, aucun courage, aucune domination sur moi aucun pouvoir m\u00eame de mettre en mouvement ma volont\u00e9. Je ne peux plus vouloir ; mais quelqu\u2019un veut pour moi ; et j\u2019ob\u00e9is.\r\n\r\n14 ao\u00fbt. \u2013 Je suis perdu ! Quelqu\u2019un poss\u00e8de mon \u00e2me et la gouverne ! quelqu\u2019un ordonne tous mes actes, tous mes mouvements, toutes mes pens\u00e9es. Je ne suis plus rien en moi, rien qu\u2019un spectateur\u00a0esclave et terrifi\u00e9 de toutes les choses que j\u2019accomplis. Je d\u00e9sire sortir. Je ne peux pas. Il ne veut pas ; et je reste, \u00e9perdu, tremblant, dans le fauteuil o\u00f9 il me tient assis. Je d\u00e9sire seulement me lever, me soulever, afin de me croire [pb_glossary id=\"3755\"]ma\u00eetre[\/pb_glossary] de moi. Je ne peux pas ! Je suis riv\u00e9 \u00e0 mon si\u00e8ge et mon si\u00e8ge adh\u00e8re au sol, de telle sorte qu\u2019aucune force ne nous soul\u00e8verait.\r\n\r\nPuis, tout d\u2019un coup, il faut, il faut, il faut que j\u2019aille au fond de mon jardin cueillir des fraises et les manger. Et j\u2019y vais. Je cueille des fraises et je les mange ! Oh ! mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Est-il un Dieu ? S\u2019il en est un, d\u00e9livrez-moi, sauvez- moi ! secourez-moi ! Pardon ! Piti\u00e9 ! Gr\u00e2ce ! Sauvez-moi ! Oh ! quelle souffrance ! quelle torture ! quelle horreur !\r\n\r\n15 ao\u00fbt. \u2013 Certes, voil\u00e0 comment \u00e9tait poss\u00e9d\u00e9e et domin\u00e9e ma pauvre cousine, quand elle est venue m\u2019emprunter cinq mille francs. Elle subissait un vouloir \u00e9tranger entr\u00e9 en elle, comme une autre \u00e2me, comme une autre \u00e2me parasite et dominatrice. Est-ce que le monde va finir ?\r\n\r\nMais celui qui me gouverne, quel est-il, cet invisible ? cet inconnaissable, ce r\u00f4deur d\u2019une race surnaturelle ?\r\n\r\nDonc les Invisibles existent ! Alors, comment depuis l\u2019origine du monde ne se sont-ils pas encore manifest\u00e9s d\u2019une fa\u00e7on pr\u00e9cise comme ils le font pour moi ? Je n\u2019ai jamais rien lu qui ressemble \u00e0 ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans ma demeure. Oh ! si je pouvais la quitter, si je pouvais m\u2019en aller, fuir et ne pas revenir. Je serais sauv\u00e9, mais je ne peux pas.\r\n\r\n16 ao\u00fbt. \u2013 J\u2019ai pu m\u2019\u00e9chapper aujourd\u2019hui pendant deux heures, comme un prisonnier qui trouve ouverte, par hasard, la porte de son [pb_glossary id=\"3757\"]cachot[\/pb_glossary]. J\u2019ai senti que j\u2019\u00e9tais libre tout \u00e0 coup et qu\u2019il \u00e9tait loin. J\u2019ai ordonn\u00e9 d\u2019atteler bien vite et j\u2019ai gagn\u00e9 Rouen. Oh ! quelle joie de pouvoir dire \u00e0 un homme qui ob\u00e9it :\r\n\u00ab Allez \u00e0 Rouen ! \u00bb\r\n\r\nJe me suis fait arr\u00eater devant la biblioth\u00e8que et j\u2019ai pri\u00e9 qu\u2019on me pr\u00eat\u00e2t le grand trait\u00e9 du docteur Hermann Herestauss sur les habitants inconnus du monde antique et moderne.\r\n\r\nPuis, au moment de remonter dans mon coup\u00e9, j\u2019ai voulu dire : \u00ab \u00c0 la gare ! \u00bb et j\u2019ai cri\u00e9, \u2013 je n\u2019ai pas dit, j\u2019ai cri\u00e9 \u2013 d\u2019une voix si forte que les passants se sont retourn\u00e9s : \u00ab \u00c0 la maison \u00bb, et je suis tomb\u00e9, affol\u00e9 d\u2019angoisse, sur le coussin de ma voiture. Il m\u2019avait retrouv\u00e9 et repris.\r\n\r\n17 ao\u00fbt. \u2013 Quelle nuit ! quelle nuit ! Et pourtant il me semble que je devrais me r\u00e9jouir. Jusqu\u2019\u00e0 une heure du matin, j\u2019ai lu ! Hermann Herestauss, docteur en philosophie et en th\u00e9ogonie, a \u00e9crit l\u2019histoire et les manifestations de tous les \u00eatres invisibles r\u00f4dant autour de l\u2019homme ou r\u00eav\u00e9s par lui. Il d\u00e9crit leurs origines, leur domaine, leur puissance. Mais aucun d\u2019eux ne ressemble \u00e0 celui qui me hante. On dirait que l\u2019homme, depuis qu\u2019il pense, a [pb_glossary id=\"3758\"]pressenti[\/pb_glossary] et redout\u00e9 un \u00eatre nouveau, plus fort que lui, son successeur en ce monde, et que, le sentant proche et ne pouvant pr\u00e9voir la nature de ce ma\u00eetre, il a cr\u00e9\u00e9, dans sa terreur, tout le peuple fantastique des \u00eatres occultes, fant\u00f4me vagues n\u00e9s de la peur.\r\n\r\nDonc, ayant lu jusqu\u2019\u00e0 une heure du matin, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 m\u2019asseoir ensuite aupr\u00e8s de ma fen\u00eatre ouverte pour rafra\u00eechir mon front et ma pens\u00e9e au vent calme de l\u2019obscurit\u00e9.\r\n\r\nIl faisait bon, il faisait ti\u00e8de ! Comme j\u2019aurais aim\u00e9 cette nuit-l\u00e0 autrefois !\r\n\r\nPas de lune. Les \u00e9toiles avaient au fond du ciel noir des [pb_glossary id=\"3759\"]scintillements[\/pb_glossary] fr\u00e9missants. Qui habite ces mondes ? Quelles formes, quels vivants, quels animaux, quelles plantes sont l\u00e0-bas ? Ceux qui pensent dans ces univers lointains, que savent-ils plus que nous ? Que peuvent-ils plus que nous ? Que voient-ils que nous ne connaissons point ? Un d\u2019eux, un jour ou l\u2019autre, traversant l\u2019espace, n\u2019appara\u00eetra-t- il pas sur notre terre pour la conqu\u00e9rir, comme les Normands jadis traversaient la mer pour asservir des peuples plus faibles ?\r\n\r\nNous sommes si infirmes, si d\u00e9sarm\u00e9s, si ignorants, si petits, nous autres, sur ce grain de boue qui tourne d\u00e9lay\u00e9 dans une goutte d\u2019eau.\r\n\r\nJe m\u2019assoupis en r\u00eavant ainsi au vent frais du soir.\r\n\r\nOr, ayant dormi environ quarante minutes, je rouvris les yeux sans faire un mouvement, r\u00e9veill\u00e9 par je ne sais quelle \u00e9motion confuse et bizarre.\r\n\r\nJe ne vis rien d\u2019abord, puis, tout \u00e0 coup, il me sembla qu\u2019une page du livre rest\u00e9 ouvert sur ma table venait de tourner toute seule. Aucun souffle d\u2019air n\u2019\u00e9tait entr\u00e9 par ma fen\u00eatre. Je fus surpris et j\u2019attendis. Au bout de quatre minutes environ, je vis, je vis, oui, je vis de mes yeux une autre page se soulever et se rabattre sur la pr\u00e9c\u00e9dente, comme si un doigt l\u2019e\u00fbt [pb_glossary id=\"3761\"]feuillet\u00e9e[\/pb_glossary]. Mon fauteuil \u00e9tait vide, semblait vide ; mais je compris qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0, lui, assis \u00e0 ma place, et qu\u2019il lisait. D\u2019un bond furieux, d\u2019un bond de b\u00eate r\u00e9volt\u00e9e, qui va \u00e9ventrer son dompteur, je traversai ma chambre pour le saisir, pour l\u2019\u00e9treindre, pour le tuer !... Mais mon si\u00e8ge, avant que je [pb_glossary id=\"4118\"]l\u2019eusse[\/pb_glossary] atteint, se renversa comme si on e\u00fbt fui devant moi... ma table [pb_glossary id=\"3762\"]oscilla[\/pb_glossary], ma lampe tomba et s\u2019\u00e9teignit, et ma fen\u00eatre se ferma comme si un malfaiteur surpris se f\u00fbt \u00e9lanc\u00e9 dans la nuit, en prenant \u00e0 pleines mains les battants.\r\n\r\nDonc, il s\u2019\u00e9tait sauv\u00e9 ; il avait eu peur, peur de moi, lui !\r\n\r\nAlors... alors... demain... ou apr\u00e8s... ou un jour quelconque, je pourrai donc le tenir sous mes poings, et l\u2019\u00e9craser contre le sol ! Est-ce que les chiens, quelquefois, ne [pb_glossary id=\"3763\"]mordent[\/pb_glossary] point et n\u2019\u00e9tranglent pas leurs ma\u00eetres ?\r\n\r\n18 ao\u00fbt. \u2013 J\u2019ai song\u00e9 toute la journ\u00e9e. Oh ! oui je vais lui ob\u00e9ir, suivre ses impulsions, accomplir toutes ses [pb_glossary id=\"3764\"]volont\u00e9s[\/pb_glossary], me faire humble, soumis, l\u00e2che. Il est le plus fort. Mais une heure viendra...\r\n\r\n19 ao\u00fbt. \u2013 Je sais... je sais... je sais tout ! Je viens de lire ceci dans la Revue du Monde scientifique :\r\n\r\n\u00ab Une nouvelle assez curieuse nous arrive de Rio de Janeiro. Une folie, une \u00e9pid\u00e9mie de folie, comparable aux d\u00e9mences contagieuses qui atteignirent les peuples d\u2019Europe au moyen \u00e2ge, s\u00e9vit en ce moment dans la province de San-Paulo. Les habitants \u00e9perdus quittent leurs maisons, d\u00e9sertent leurs villages, abandonnent leurs cultures, se disant poursuivis, poss\u00e9d\u00e9s, gouvern\u00e9s comme un b\u00e9tail humain par des \u00eatres invisibles bien que tangibles, des sortes de vampires qui se nourrissent de leur vie, pendant leur sommeil, et qui boivent en\u00a0outre de l\u2019eau et du lait sans [pb_glossary id=\"3765\"]para\u00eetre[\/pb_glossary] toucher \u00e0 aucun autre aliment.\r\n\u00ab M. le professeur Don Pedro Henriquez, accompagn\u00e9 de plusieurs savants m\u00e9decins, est parti pour la province de San-Paulo afin d\u2019\u00e9tudier sur place les origines et les manifestations de cette [pb_glossary id=\"3766\"]surprenante[\/pb_glossary] folie, et de proposer \u00e0 l\u2019Empereur les mesures qui lui para\u00eetront le plus propres \u00e0 rappeler \u00e0 la raison ces populations en d\u00e9lire. \u00bb\r\n\r\nAh ! Ah ! je me rappelle, je me rappelle le beau trois-m\u00e2ts br\u00e9silien qui passa sous mes fen\u00eatres en remontant la Seine, le 8 mai dernier ! Je le trouvais si joli, si blanc, si gai ! L\u2019\u00catre \u00e9tait dessus, venant de l\u00e0-bas, o\u00f9 sa race est n\u00e9e ! Et il m\u2019a vu ! Il a vu ma demeure blanche aussi ; et il a saut\u00e9 du navire sur la rive. Oh ! mon Dieu !\r\n\r\n\u00c0 pr\u00e9sent, je sais, je devine. Le r\u00e8gne de l\u2019homme est fini.\r\n\r\nIl est venu, Celui que redoutaient les premi\u00e8res terreurs des peuples na\u00effs, Celui [pb_glossary id=\"4088\"]qu\u2019exorcisaient[\/pb_glossary] les pr\u00eatres inquiets, que les sorciers \u00e9voquaient par les nuits sombres, sans le voir appara\u00eetre encore, \u00e0 qui les pressentiments des ma\u00eetres passagers du monde pr\u00eat\u00e8rent toutes les formes monstrueuses ou gracieuses des gnomes, des esprits, des g\u00e9nies, des f\u00e9es, des leprechauns farfadets. Apr\u00e8s les grossi\u00e8res conceptions de l\u2019\u00e9pouvante primitive, des hommes plus [pb_glossary id=\"3769\"]perspicaces[\/pb_glossary] l\u2019ont pressenti plus clairement. Mesmer l\u2019avait devin\u00e9 et les m\u00e9decins, depuis dix ans d\u00e9j\u00e0, ont d\u00e9couvert, d\u2019une fa\u00e7on pr\u00e9cise, la nature de sa puissance avant qu\u2019il l\u2019e\u00fbt exerc\u00e9e lui-m\u00eame. Ils ont jou\u00e9 avec cette arme du Seigneur nouveau, la domination d\u2019un myst\u00e9rieux vouloir sur l\u2019\u00e2me humaine devenue esclave. Ils ont appel\u00e9 cela magn\u00e9tisme, hypnotisme, suggestion... que sais-je ? Je le ai vus s\u2019amuser comme des enfants imprudents avec cette horrible puissance ! Malheur \u00e0 nous ! Malheur \u00e0 l\u2019homme ! Il est venu, le... le... comment se nomme-t-il... le... il me semble qu\u2019il me crie son nom, et je ne l\u2019entends pas... le... oui... il le crie... J\u2019\u00e9coute... je ne peux pas... r\u00e9p\u00e8te... le... Horla... J\u2019ai entendu... le Horla... c\u2019est lui... le Horla... il est venu !...\r\n\r\nAh ! le vautour a mang\u00e9 la colombe ; le loup a mang\u00e9 le mouton ; le lion a d\u00e9vor\u00e9 le buffle aux cornes aigu\u00ebs ; l\u2019homme a tu\u00e9 le lion avec la fl\u00e8che, avec le glaive, avec la poudre ; mais le Horla va faire de l\u2019homme ce que nous avons fait du cheval et du b\u0153uf : sa chose, son serviteur et sa nourriture, par la seule puissance de sa volont\u00e9. Malheur \u00e0 nous !\r\n\r\nPourtant, l\u2019animal, quelquefois, se r\u00e9volte et tue celui qui l\u2019a dompt\u00e9... moi aussi je veux... je pourrai... mais il faut le conna\u00eetre, le toucher, le voir ! Les savants disent que l\u2019\u0153il de la b\u00eate, diff\u00e9rent du n\u00f4tre, ne distingue point comme le n\u00f4tre... Et mon \u0153il \u00e0 moi ne peut distinguer le nouveau venu qui [pb_glossary id=\"4165\"]m\u2019opprime[\/pb_glossary].\r\n\r\nPourquoi ? Oh ! je me rappelle \u00e0 pr\u00e9sent les paroles du moine du mont Saint-Michel : \u00ab Est-ce que nous voyons la cent milli\u00e8me partie de ce qui existe ? Tenez, voici le vent qui est la plus grande force de la nature, qui renverse les hommes, abat les \u00e9difices, d\u00e9racine les arbres, soul\u00e8ve la mer en montagnes d\u2019eau, d\u00e9truit les falaises et jette aux brisants les grands navires, le vent qui tue, qui siffle, qui g\u00e9mit, qui mugit, l\u2019avez-vous vu et pouvez-vous le voir : il existe pourtant ! \u00bb\r\n\r\nEt je songeais encore : mon \u0153il est si faible, si imparfait, qu\u2019il ne distingue m\u00eame point les corps durs, s\u2019ils sont transparents comme le verre !... Qu\u2019une glace sans tain barre mon chemin, il me jette dessus comme l\u2019oiseau entr\u00e9 dans une chambre se casse la t\u00eate aux vitres. Mille choses en outre le trompent et l\u2019\u00e9garent ? Quoi d\u2019\u00e9tonnant, alors, \u00e0 ce qu\u2019il ne sache point apercevoir un corps nouveau que la lumi\u00e8re traverse.\r\n\r\nUn \u00eatre nouveau ! pourquoi pas ? Il devait venir assur\u00e9ment ! pourquoi serions-nous les derniers !\r\n\r\nNous ne le distinguons point, ainsi que tous les autres cr\u00e9\u00e9s avant nous ? C\u2019est que sa nature est plus parfaite, son corps plus fin et plus fini que le n\u00f4tre, que le n\u00f4tre si faible, si maladroitement con\u00e7u, encombr\u00e9 d\u2019organes toujours fatigu\u00e9s, toujours forc\u00e9s comme des ressorts trop complexes, que le n\u00f4tre, qui vit comme une plante et comme une b\u00eate, en se nourrissant [pb_glossary id=\"4128\"]p\u00e9niblement[\/pb_glossary] d\u2019air, d\u2019herbe et de viande, machine animale en proie aux maladies, aux d\u00e9formations, aux [pb_glossary id=\"4134\"]putr\u00e9factions[\/pb_glossary], poussive, mal r\u00e9gl\u00e9e, na\u00efve et bizarre, ing\u00e9nieusement mal faite, \u0153uvre grossi\u00e8re et d\u00e9licate, \u00e9bauche d\u2019\u00eatre qui pourrait devenir intelligent et superbe.\r\n\r\nNous sommes quelques-uns, si peu sur ce monde, depuis l\u2019hu\u00eetre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019homme. Pourquoi pas un de plus, une fois accomplie la p\u00e9riode qui s\u00e9pare les apparitions successives de toutes les esp\u00e8ces diverses ?\r\n\r\nPourquoi pas un de plus ? Pourquoi pas aussi d\u2019autres arbres aux fleurs immenses, \u00e9clatantes et parfumant des r\u00e9gions enti\u00e8res ? Pourquoi pas d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments que le feu, l\u2019air, la terre et l\u2019eau ? \u2013 Ils sont quatre, rien que quatre, ces p\u00e8res nourriciers des \u00eatres ! Quelle piti\u00e9 ! Pourquoi ne sont-ils pas quarante, quatre cents, quatre mille ! Comme tout est pauvre, mesquin, mis\u00e9rable ! avarement donn\u00e9, s\u00e8chement invent\u00e9, lourdement fait ! Ah ! l\u2019\u00e9l\u00e9phant, l\u2019hippopotame, que de gr\u00e2ce ! le chameau, que d\u2019\u00e9l\u00e9gance !\r\n\r\nMais direz-vous, le papillon ! une fleur qui vole ! J\u2019en r\u00eave un qui serait grand comme cent univers, avec des ailes dont je ne puis m\u00eame exprimer la forme, la beaut\u00e9, la couleur et le mouvement. Mais je le vois... il va d\u2019\u00e9toile en \u00e9toile, les rafra\u00eechissant et les embaumant au souffle harmonieux et l\u00e9ger de sa course !... Et les peuples de l\u00e0-haut le regardent passer, extasi\u00e9s et ravis !\r\n. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .\r\nQu\u2019ai-je donc ? C\u2019est lui, lui, le Horla, qui me hante, qui me fait penser ces folies ! Il est en moi, il devient mon \u00e2me ; je le tuerai !\r\n\r\n19 ao\u00fbt. \u2013 Je le tuerai. Je l\u2019ai vu ! je me suis assis hier soir, \u00e0 ma table ; et je fis semblant d\u2019\u00e9crire avec une grande attention. Je savais bien qu\u2019il viendrait r\u00f4der autour de moi, tout pr\u00e8s, si pr\u00e8s que je pourrais peut-\u00eatre le toucher, le saisir ? Et alors !... alors, j\u2019aurais la force des d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s ; j\u2019aurais mes mains, mes genoux, ma poitrine, mon front, mes dents pour l\u2019\u00e9trangler, l\u2019\u00e9craser, le mordre, le d\u00e9chirer.\r\n\r\nEt je le guettais avec tous mes organes [pb_glossary id=\"3772\"]surexcit\u00e9s[\/pb_glossary].\r\n\r\nJ\u2019avais allum\u00e9 mes deux lampes et les huit bougies de ma chemin\u00e9e, comme si j\u2019eusse pu, dans cette clart\u00e9, le d\u00e9couvrir.\r\n\r\nEn face de moi, mon lit, un vieux lit de [pb_glossary id=\"4060\"]ch\u00eane[\/pb_glossary] \u00e0 colonnes ; \u00e0 droite, ma chemin\u00e9e ; \u00e0 gauche, ma porte ferm\u00e9e avec soin, apr\u00e8s l\u2019avoir laiss\u00e9e longtemps ouverte, afin de l\u2019attirer ; derri\u00e8re moi, une tr\u00e8s haute armoire \u00e0 glace, qui me servait chaque jour pour me raser, pour m\u2019habiller, et o\u00f9 j\u2019avais coutume de me regarder, de la t\u00eate aux pieds, chaque fois que je passais devant.\r\n\r\nDonc, je faisais semblant d\u2019\u00e9crire, pour le tromper, car il m\u2019\u00e9piait lui aussi ; et soudain, je sentis, je fus certain qu\u2019il lisait par-dessus mon \u00e9paule, qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0, fr\u00f4lant mon oreille.\r\n\r\nJe me dressai, les mains tendues, en me tournant si vite que je faillis tomber. Eh bien ?... on y voyait comme en plein jour, et je ne me vis pas dans ma glace !... Elle \u00e9tait vide, claire, profonde, pleine de lumi\u00e8re ! Mon image n\u2019\u00e9tait pas dedans... et j\u2019\u00e9tais en face, moi ! Je voyais le grand verre limpide du haut en bas. Et je regardais cela avec des yeux affol\u00e9s ; et je n\u2019osais plus avancer, je n\u2019osais plus faire un mouvement, sentant bien pourtant qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0, mais qu\u2019il m\u2019\u00e9chapperait encore, lui dont le corps imperceptible avait d\u00e9vor\u00e9 mon reflet.\r\n\r\nComme j\u2019eus peur ! Puis voil\u00e0 que tout \u00e0 coup je commen\u00e7ai \u00e0 m\u2019apercevoir dans une brume, au fond du miroir, dans une brume comme \u00e0 travers une nappe d\u2019eau ; et il me semblait que cette eau glissait de gauche \u00e0 droite, lentement, rendant plus pr\u00e9cise mon image, de seconde en seconde. C\u2019\u00e9tait comme la fin d\u2019une \u00e9clipse. Ce qui me cachait ne paraissait point poss\u00e9der de contours nettement arr\u00eat\u00e9s, mais une sorte de transparence opaque, [pb_glossary id=\"3775\"]s\u2019\u00e9claircissant[\/pb_glossary] peu \u00e0 peu.\r\n\r\nJe pus enfin me distinguer compl\u00e8tement, ainsi que je le fais chaque jour en me regardant.\r\n\r\nJe l\u2019avais vu ! L\u2019\u00e9pouvante m\u2019en est rest\u00e9e, qui me fait encore frissonner.\r\n\r\n20 ao\u00fbt. \u2013 Le tuer, comment ? puisque je ne peux l\u2019atteindre ? Le poison ? mais il me verrait le m\u00ealer \u00e0 l\u2019eau ; et nos poisons, d\u2019ailleurs, auraient-ils un effet sur son corps imperceptible ? Non... non... sans aucun doute... Alors ?... alors ?...\r\n\r\n21 ao\u00fbt. \u2013 J\u2019ai fait venir un [pb_glossary id=\"3776\"]serrurier[\/pb_glossary] de Rouen et lui ai command\u00e9 pour ma chambre des persiennes de fer, comme en ont, \u00e0 Paris, certains h\u00f4tels particuliers, au rez-de-chauss\u00e9e, par crainte des voleurs. Il me fera, en outre, une porte pareille. Je me suis donn\u00e9 pour un poltron, mais je m\u2019en moque !...<img class=\"alignleft wp-image-3611 \" src=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_201932688.png\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"629\" \/>\r\n\r\n10 septembre. \u2013 Rouen, h\u00f4tel Continental. C\u2019est fait... c\u2019est fait... mais est-il mort ? J\u2019ai l\u2019\u00e2me boulevers\u00e9e de ce que j\u2019ai vu.\r\n\r\nHier donc, le serrurier ayant pos\u00e9 ma persienne et ma porte de fer, j\u2019ai laiss\u00e9 tout ouvert, jusqu\u2019\u00e0 minuit, bien qu\u2019il commenc\u00e2t \u00e0 faire froid.\r\n\r\nTout \u00e0 coup, j\u2019ai senti qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0, et une joie, une joie folle m\u2019a saisi. Je me suis lev\u00e9 lentement, et j\u2019ai march\u00e9 \u00e0 droite, \u00e0 gauche, longtemps pour qu\u2019il ne devin\u00e2t rien ; puis j\u2019ai \u00f4t\u00e9 mes bottines et mis mes savates avec n\u00e9gligence ; puis j\u2019ai ferm\u00e9 ma persienne de fer, et revenant \u00e0 pas tranquilles vers la porte, j\u2019ai ferm\u00e9 la porte aussi \u00e0 double tour. Retournant alors vers la fen\u00eatre, je la fixai par un [pb_glossary id=\"3777\"]cadenas[\/pb_glossary], dont je mis la clef dans ma poche.\r\n\r\nTout \u00e0 coup, je compris qu\u2019il s\u2019agitait autour de moi, qu\u2019il avait peur \u00e0 son tour, qu\u2019il [pb_glossary id=\"3778\"]m\u2019ordonnait[\/pb_glossary] de lui ouvrir. Je faillis c\u00e9der ; je ne c\u00e9dai pas, mais m\u2019adossant \u00e0 la porte, je [pb_glossary id=\"3779\"]l\u2019entreb\u00e2illai[\/pb_glossary], tout juste assez pour passer, moi, \u00e0 reculons ; et comme je suis tr\u00e8s grand ma t\u00eate touchait au linteau. J\u2019\u00e9tais s\u00fbr qu\u2019il n\u2019avait pu s\u2019\u00e9chapper et je l\u2019enfermai, tout seul, tout seul. Quelle joie ! Je le tenais ! Alors, je descendis, en courant ; je pris dans mon salon, sous ma chambre, mes deux lampes et je renversai toute l\u2019huile sur le tapis, sur les meubles, partout ; puis j\u2019y mis le feu, et je me sauvai, apr\u00e8s avoir bien referm\u00e9, \u00e0 double tour, la grande porte d\u2019entr\u00e9e. Et j\u2019allai me cacher au fond de mon jardin, dans un massif de lauriers. Comme ce fut long ! comme ce fut long ! Tout \u00e9tait noir, muet, immobile ; pas un souffle d\u2019air, pas une \u00e9toile, des montagnes de nuages qu\u2019on ne voyait point, mais qui pesaient sur mon \u00e2me si lourds, si lourds.\r\n\r\nJe regardais ma maison, et j\u2019attendais. Comme ce fut long ! Je croyais d\u00e9j\u00e0 que le feu s\u2019\u00e9tait \u00e9teint tout seul, ou qu\u2019il l\u2019avait \u00e9teint, Lui, quand une des fen\u00eatres d\u2019en bas creva sous la pouss\u00e9e de l\u2019incendie, et une flamme, une grande flamme rouge et jaune, longue, molle, caressante, monta le long du mur blanc et le [pb_glossary id=\"3780\"]baisa[\/pb_glossary] jusqu\u2019au toit. Une lueur courut dans les arbres, dans les branches, dans les feuilles, et un frisson, un frisson de peur aussi. Les oiseaux se r\u00e9veillaient ; un chien se mit \u00e0 hurler ; il me sembla que le jour se levait ! Deux autres fen\u00eatres \u00e9clat\u00e8rent aussit\u00f4t, et je vis que tout le bas de ma demeure n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019un effrayant brasier. Mais un cri, un cri horrible, [pb_glossary id=\"3781\"]suraigu[\/pb_glossary], d\u00e9chirant, un cri de femme passa dans la nuit, et deux mansardes s\u2019ouvrirent ! J\u2019avais oubli\u00e9 mes domestiques ! Je vis leurs faces affol\u00e9es, et leurs bras qui s\u2019agitaient !...\r\n\r\nAlors, \u00e9perdu d\u2019horreur, je me mis \u00e0 courir vers le village en hurlant : \u00ab Au secours ! au secours ! au feu ! au feu ! \u00bb Je rencontrai des gens qui s\u2019en venaient d\u00e9j\u00e0 et je retournai avec eux, pour voir.\r\n\r\nLa maison, maintenant, n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019un b\u00fbcher horrible et magnifique, un b\u00fbcher monstrueux, \u00e9clairant toute la terre, un b\u00fbcher o\u00f9 br\u00fblaient des hommes, et o\u00f9 il br\u00fblait aussi, Lui, Lui, mon prisonnier, l\u2019\u00catre nouveau, le nouveau ma\u00eetre, le Horla !\r\n\r\nSoudain le toit tout entier [pb_glossary id=\"3782\"]s\u2019engloutit[\/pb_glossary] entre les murs et un volcan de flammes [pb_glossary id=\"3783\"]jaillit[\/pb_glossary] jusqu\u2019au ciel. Par toutes les fen\u00eatres ouvertes sur la fournaise, je voyais la cuve de feu, et je pensais qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0, dans ce four, mort...\r\n\r\n\u00ab Mort ? Peut-\u00eatre ?... Son corps ? son corps que le jour traversait n\u2019\u00e9tait-il pas indestructible par les moyens qui tuent les n\u00f4tres ?\r\n\r\n\u00ab S\u2019il n\u2019\u00e9tait pas mort ?... seul peut-\u00eatre le temps a prise sur l\u2019\u00catre Invisible et Redoutable. Pourquoi ce corps transparent, ce corps inconnaissable, ce corps d\u2019Esprit, s\u2019il devait craindre, lui aussi, les maux, les blessures, les infirmit\u00e9s, la destruction pr\u00e9matur\u00e9e ?\r\n\r\n\u00ab La destruction pr\u00e9matur\u00e9e ? toute l\u2019\u00e9pouvante humaine vient d\u2019elle ! Apr\u00e8s l\u2019homme, le Horla. \u2013 Apr\u00e8s celui qui peut mourir tous les jours, \u00e0 toutes les heures, \u00e0 toutes les minutes, par tous les accidents, est venu celui qui ne doit mourir qu\u2019\u00e0 son jour, \u00e0 son heure, \u00e0 sa minute, parce qu\u2019il a touch\u00e9 la limite de son existence !\r\n\r\n\u00ab Non... non... sans aucun doute, sans aucun doute... il n\u2019est pas mort... Alors... alors... il va donc falloir que je me tue, moi !... \u00bb\r\n. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .","rendered":"<p style=\"text-align: left\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3612 size-full\" src=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_202227392.png\" alt=\"\" width=\"274\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_202227392.png 274w, https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_202227392-206x300.png 206w, https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_202227392-65x95.png 65w, https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_202227392-225x328.png 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 274px) 100vw, 274px\" \/>8 mai. \u2013 Quelle journ\u00e9e admirable ! J\u2019ai pass\u00e9 toute la matin\u00e9e \u00e9tendu sur l\u2019herbe, devant ma maison, sous l\u2019\u00e9norme <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3657\">platane<\/a> qui la couvre, l\u2019abrite et l\u2019ombrage tout enti\u00e8re. J\u2019aime ce pays, et j\u2019aime y vivre parce que j\u2019y ai mes racines, ces <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4174\">profondes<\/a> et d\u00e9licates racines, qui attachent un homme \u00e0 la terre o\u00f9 sont n\u00e9s et morts ses <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4035\">a\u00efeux<\/a>, qui l\u2019attachent \u00e0 ce qu\u2019on pense et \u00e0 ce qu\u2019on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l\u2019air lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>J\u2019aime ma maison o\u00f9 j\u2019ai grandi. De mes fen\u00eatres, je vois la Seine qui coule, le long de mon jardin, derri\u00e8re la route, presque chez moi, la grande et large Seine qui va de Rouen au Havre, couverte de bateaux qui passent. \u00c0 gauche, l\u00e0-bas, Rouen, la vaste ville aux toits bleus, sous le <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4170\">peuple<\/a> pointu des clochers gothiques. Ils sont innombrables, <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3658\">fr\u00eales<\/a> ou larges, domin\u00e9s par la fl\u00e8che de fonte de la cath\u00e9drale, et pleins de cloches qui sonnent dans l\u2019air bleu des belles matin\u00e9es, jetant jusqu\u2019\u00e0 moi leur doux et lointain <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3648\">bourdonnement<\/a> de fer, leur chant <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3826\">d'airain<\/a> que la brise m\u2019apporte, tant\u00f4t plus fort et tant\u00f4t plus affaibli, suivant qu\u2019elle s\u2019\u00e9veille ou <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3670\">s\u2019assoupit<\/a>.<\/p>\n<p>Comme il faisait bon ce matin !<\/p>\n<p>Vers onze heures, un long convoi de <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3671\">navires<\/a>, tra\u00een\u00e9s par un <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3672\">remorqueur<\/a>, gros comme une mouche, et qui r\u00e2lait de peine en vomissant une fum\u00e9e \u00e9paisse, d\u00e9fila devant ma grille.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s deux <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3673\">go\u00e9lettes<\/a> anglaises, dont le pavillon rouge <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3674\">ondoyait<\/a> sur le ciel, venait un superbe trois- m\u00e2ts br\u00e9silien, tout blanc, admirablement propre et luisant. Je le saluai, je ne sais pourquoi, tant ce navire me fit plaisir \u00e0 voir.<\/p>\n<p>12 mai. \u2013 J\u2019ai un peu de fi\u00e8vre depuis quelques jours ; je me sens souffrant, ou plut\u00f4t je me sens triste.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 viennent ces influences myst\u00e9rieuses qui changent en d\u00e9couragement notre bonheur et notre confiance en d\u00e9tresse ? On dirait que l\u2019air, l\u2019air invisible est plein d\u2019inconnaissables Puissances, dont nous <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3675\">subissons<\/a> les voisinages myst\u00e9rieux. Je m\u2019\u00e9veille plein de gaiet\u00e9, avec des envies de chanter dans la gorge. \u2013 Pourquoi ? \u2013 Je descends le long de l\u2019eau ; et soudain, apr\u00e8s une courte promenade, je rentre d\u00e9sol\u00e9, comme si quelque malheur m\u2019attendait chez moi. \u2013 Pourquoi ? \u2013 Est-ce un frisson de froid qui, <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3773\">fr\u00f4lant<\/a> ma peau, a <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3676\">\u00e9branl\u00e9<\/a> mes nerfs et <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3681\">assombri<\/a> mon \u00e2me ? Est-ce la forme des nuages, ou la couleur du jour, la couleur des choses, si variable, qui, passant par mes yeux, a troubl\u00e9 ma pens\u00e9e ? Sait- on ? Tout ce qui nous entoure, tout ce que nous voyons sans le regarder, tout ce que nous fr\u00f4lons sans le conna\u00eetre, tout ce que nous touchons sans le <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3682\">palper<\/a>, tout ce que nous rencontrons sans le distinguer, a sur nous, sur nos organes et, par eux, sur nos id\u00e9es, sur notre c\u0153ur lui-m\u00eame, des effets rapides, surprenants et inexplicables.<\/p>\n<p>Comme il est profond, ce myst\u00e8re de l\u2019Invisible ! Nous ne le pouvons sonder avec nos sens mis\u00e9rables, avec nos yeux qui ne savent apercevoir ni le trop petit, ni le trop grand, ni le trop pr\u00e8s, ni le trop loin, ni les habitants d\u2019une \u00e9toile, ni les habitants d\u2019une goutte d\u2019eau&#8230; avec nos oreilles qui nous trompent, car elles nous transmettent les vibrations de l\u2019air en notes sonores. Elles sont des f\u00e9es qui font ce miracle de changer en bruit ce mouvement et par cette m\u00e9tamorphose donnent naissance \u00e0 la musique, qui rend chantante l\u2019agitation muette de la nature&#8230; avec notre odorat, plus faible que celui du chien&#8230; avec notre go\u00fbt, qui peut \u00e0 peine discerner l\u2019\u00e2ge d\u2019un vin !<\/p>\n<p>Ah ! si nous avions d\u2019autres organes qui accompliraient en notre faveur d\u2019autres miracles, que de choses nous pourrions d\u00e9couvrir encore autour de nous !<\/p>\n<p>16 mai. \u2013 Je suis malade, d\u00e9cid\u00e9ment ! Je me portais si bien le mois dernier ! J\u2019ai la fi\u00e8vre, une fi\u00e8vre atroce, ou plut\u00f4t un <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3683\">\u00e9nervement<\/a> fi\u00e9vreux, qui rend mon \u00e2me aussi souffrante que mon corps ! J\u2019ai sans cesse cette sensation <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4031\">affreuse<\/a> d\u2019un danger mena\u00e7ant, cette appr\u00e9hension d\u2019un malheur qui vient ou de la mort qui approche, ce pressentiment qui est sans doute l\u2019atteinte d\u2019un mal encore inconnu, germant dans le sang et dans la chair.<\/p>\n<p>18 mai. \u2013 Je viens d\u2019aller consulter un m\u00e9decin, car je ne pouvais plus dormir. Il m\u2019a trouv\u00e9 le pouls rapide, l\u2019\u0153il dilat\u00e9, les <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3684\">nerfs<\/a> vibrants, mais sans aucun sympt\u00f4me alarmant. Je dois me soumettre aux douches et boire du bromure de potassium.<\/p>\n<p>25 mai. \u2013 Aucun changement ! Mon \u00e9tat, vraiment, est bizarre. \u00c0 mesure qu\u2019approche le soir, une inqui\u00e9tude incompr\u00e9hensible m\u2019envahit, comme si la nuit cachait pour moi une menace terrible. Je d\u00eene vite, puis j\u2019essaie de lire ; mais je ne comprends pas les mots ; je distingue \u00e0 peine les lettres. Je marche alors dans mon salon de long en large, sous l\u2019oppression d\u2019une crainte confuse et irr\u00e9sistible, la crainte du sommeil et la crainte du lit.<\/p>\n<p>Vers dix heures, je monte dans ma chambre. \u00c0 peine entr\u00e9, je donne deux tours de clef, et je pousse les <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3685\">verrous<\/a> ; j\u2019ai peur&#8230; de quoi ?&#8230; Je ne <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3686\">redoutais<\/a> rien jusqu\u2019ici&#8230; j\u2019ouvre mes armoires, je regarde sous mon lit ; j\u2019\u00e9coute&#8230; j\u2019\u00e9coute&#8230; quoi ?&#8230; Est-ce \u00e9trange qu\u2019un simple malaise, un trouble de la circulation peut-\u00eatre, l\u2019irritation d\u2019un <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3687\">filet<\/a> nerveux, un peu de congestion, une toute petite <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3688\">perturbation<\/a> dans le fonctionnement si imparfait et si d\u00e9licat de notre machine vivante, puisse faire un m\u00e9lancolique du plus joyeux des hommes, et un poltron du plus brave ? Puis, je me couche, et j\u2019attends le sommeil comme on attendrait le bourreau. Je l\u2019attends avec l\u2019\u00e9pouvante de sa venue, et mon c\u0153ur bat, et mes jambes <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3689\">fr\u00e9missent<\/a> ; et tout mon corps tressaille dans la chaleur des draps, jusqu\u2019au moment o\u00f9 je tombe tout \u00e0 coup dans le repos, comme on tomberait pour s\u2019y noyer, dans un <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3690\">gouffre<\/a> d\u2019eau stagnante. Je ne le sens pas venir, comme autrefois, ce sommeil perfide, cach\u00e9 pr\u00e8s de moi, qui me guette, qui va me saisir par la t\u00eate, me fermer les yeux, m\u2019an\u00e9antir.<\/p>\n<p>Je dors \u2013 longtemps \u2013 deux ou trois heures \u2013 puis un r\u00eave \u2013 non \u2013 un cauchemar m\u2019\u00e9treint. Je sens bien que je suis couch\u00e9 et que je dors&#8230; je le sens et je le sais&#8230; et je sens aussi que quelqu\u2019un s\u2019approche de moi, me regarde, me palpe, monte sur mon lit, <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3691\">s\u2019agenouille<\/a> sur ma poitrine, me prend le cou entre ses mains et serre&#8230; serre&#8230; de toute sa force pour m\u2019\u00e9trangler.<br \/>\nMoi, je me d\u00e9bats, li\u00e9 par cette impuissance atroce, qui nous paralyse dans les songes ; je veux crier, \u2013 je ne peux pas ; \u2013 je veux remuer, \u2013 je ne peux pas ; \u2013 j\u2019essaie, avec des efforts affreux, en <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3692\">haletant<\/a>, de me tourner, de rejeter cet \u00eatre qui m\u2019\u00e9crase et qui m\u2019\u00e9touffe, \u2013 je ne peux pas !<\/p>\n<p>Et soudain, je m\u2019\u00e9veille, <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3693\">affol\u00e9<\/a>, couvert de sueur. J\u2019allume une bougie. Je suis seul.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cette crise, qui se renouvelle toutes les nuits, je dors enfin, avec calme, jusqu\u2019\u00e0 <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4043\">l\u2019aurore<\/a>.<\/p>\n<p>2 juin. \u2013 Mon \u00e9tat s\u2019est encore aggrav\u00e9. Qu\u2019ai-je donc ? Le bromure n\u2019y fait rien ; les douches n\u2019y font rien. Tant\u00f4t, pour fatiguer mon corps, si las pourtant, j\u2019allai faire un tour dans la for\u00eat de Roumare. Je crus d\u2019abord que l\u2019air frais, l\u00e9ger et doux, plein d\u2019odeur d\u2019herbes et de feuilles, me versait aux veines un sang nouveau, au c\u0153ur une \u00e9nergie nouvelle. Je pris une grande avenue de chasse, puis je tournai vers La Bouille, par une all\u00e9e \u00e9troite, entre deux arm\u00e9es d\u2019arbres d\u00e9mesur\u00e9ment hauts qui mettaient un toit vert, \u00e9pais, presque noir, entre le ciel et moi.<\/p>\n<p>Un frisson me saisit soudain, non pas un frisson de froid, mais un \u00e9trange frisson d\u2019angoisse.<\/p>\n<p>Je <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3694\">h\u00e2tai<\/a> le pas, inquiet d\u2019\u00eatre seul dans ce bois, apeur\u00e9 sans raison, stupidement, par la profonde solitude. Tout \u00e0 coup, il me sembla que j\u2019\u00e9tais suivi, qu\u2019on marchait sur mes talons, tout pr\u00e8s, \u00e0 me toucher.<\/p>\n<p>Je me retournai brusquement. J\u2019\u00e9tais seul. Je ne vis derri\u00e8re moi que la droite et large all\u00e9e vide, haute, redoutablement vide ; et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 elle s\u2019\u00e9tendait aussi \u00e0 perte de vue, toute pareille, effrayante.<\/p>\n<p>Je fermai les yeux. Pourquoi ? Et je me mis \u00e0 tourner sur un talon, tr\u00e8s vite, comme une toupie. Je faillis tomber ; je rouvris les yeux ; les arbres dansaient, la terre flottait ; je dus m\u2019asseoir.<\/p>\n<p>Puis, ah ! je ne savais plus par o\u00f9 j\u2019\u00e9tais venu ! Bizarre id\u00e9e ! Bizarre ! Bizarre\u00a0id\u00e9e ! Je ne savais plus du tout. Je partis par le c\u00f4t\u00e9 qui se trouvait \u00e0 ma droite, et je revins dans l\u2019avenue qui m\u2019avait amen\u00e9 au milieu de la for\u00eat.<\/p>\n<p>3 juin. \u2013 La nuit a \u00e9t\u00e9 horrible. Je vais m\u2019absenter pendant quelques semaines. Un petit voyage, sans doute, me remettra.2 juillet. \u2013 Je rentre. Je suis <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3695\">gu\u00e9ri<\/a>. J\u2019ai fait <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4070\">d\u2019ailleurs<\/a> une excursion charmante. J\u2019ai visit\u00e9 le mont Saint-Michel que je ne connaissais pas.<\/p>\n<p>Quelle vision, quand on arrive, comme moi, \u00e0 Avranches, vers la fin du jour ! La ville est sur une colline ; et on me conduisit dans le jardin public, au bout de la cit\u00e9. Je poussai un cri d\u2019\u00e9tonnement.<\/p>\n<p>Une baie d\u00e9mesur\u00e9e s\u2019\u00e9tendait devant moi, \u00e0 perte de vue, entre deux c\u00f4tes \u00e9cart\u00e9es se perdant au loin dans les brumes ; et au milieu de cette immense baie jaune, sous un ciel d\u2019or et de clart\u00e9, s\u2019\u00e9levait sombre et pointu un mont \u00e9trange, au milieu des sables. Le soleil venait de dispara\u00eetre, et sur l\u2019horizon encore flamboyant se dessinait le profil de ce fantastique rocher qui porte sur son sommet un fantastique monument.<\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019aurore, j\u2019allai vers lui. La mer \u00e9tait basse, comme la veille au soir, et je regardais se dresser devant moi, \u00e0 mesure que j\u2019approchais d\u2019elle, la surprenante <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3697\">abbaye<\/a>. Apr\u00e8s plusieurs heures de marche, j\u2019atteignis l\u2019\u00e9norme bloc de pierre qui porte la petite cit\u00e9 domin\u00e9e par la grande \u00e9glise. Ayant <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3698\">gravi<\/a> la rue \u00e9troite et rapide, j\u2019entrai dans la plus admirable <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3756\">demeure<\/a> gothique construite pour Dieu sur la terre, vaste comme une ville, pleine de salles basses \u00e9cras\u00e9es sous des vo\u00fbtes et de hautes galeries que soutiennent de fr\u00eales <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3699\">colonnes<\/a>. J\u2019entrai dans ce gigantesque bijou de granit, aussi l\u00e9ger qu\u2019une dentelle, couvert de tours, de <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3700\">sveltes<\/a> clochetons, o\u00f9 montent des escaliers <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3701\">tordus<\/a>, et qui lancent dans le ciel bleu des jours, dans le ciel noir des nuits, leurs t\u00eates bizarres <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3702\">h\u00e9riss\u00e9es<\/a> de chim\u00e8res, de diables, de b\u00eates fantastiques, de fleurs monstrueuses, et reli\u00e9s l\u2019un \u00e0 l\u2019autre par de fines arches ouvrag\u00e9es.<\/p>\n<p>Quand je fus sur le sommet, je dis au moine qui m\u2019accompagnait : \u00ab Mon P\u00e8re, comme vous devez \u00eatre bien ici ! \u00bb<br \/>\nIl r\u00e9pondit : \u00ab Il y a beaucoup de vent, monsieur \u00bb ; et nous nous m\u00eemes \u00e0 causer en regardant monter la mer, qui courait sur le sable et le couvrait d\u2019une <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3703\">cuirasse<\/a> <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4108\">d\u2019acier<\/a>.<\/p>\n<p>Et le moine me conta des histoires, toutes les vieilles histoires de ce lieu, des l\u00e9gendes, toujours des l\u00e9gendes.<\/p>\n<p>Une d\u2019elles me frappa beaucoup. Les gens du pays, ceux du mont, pr\u00e9tendent qu\u2019on entend parler la nuit dans les sables, puis qu\u2019on entend b\u00ealer deux ch\u00e8vres, l\u2019une avec une voix forte, l\u2019autre avec une voix faible. Les incr\u00e9dules affirment que ce sont les cris des oiseaux de mer, qui ressemblent tant\u00f4t \u00e0 des b\u00ealements, et tant\u00f4t \u00e0 des plaintes humaines ; mais les p\u00eacheurs attard\u00e9s <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3704\">jurent<\/a> avoir rencontr\u00e9, r\u00f4dant sur les dunes, entre deux mar\u00e9es, autour de la petite ville jet\u00e9e ainsi loin du monde, un vieux berger, dont on ne voit jamais la t\u00eate couverte de son manteau, et qui conduit, en marchant devant eux, un bouc \u00e0 figure d\u2019homme et une ch\u00e8vre \u00e0 figure de femme, tous deux avec de longs cheveux blancs et parlant sans cesse, se <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3705\">querellant<\/a> dans une langue inconnue, puis <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3706\">cessant<\/a> soudain de crier pour b\u00ealer de toute leur force.<\/p>\n<p>Je dis au moine : \u00ab Y croyez-vous ? \u00bb Il murmura : \u00ab Je ne sais pas. \u00bb<\/p>\n<p>Je repris : \u00ab S\u2019il existait sur la terre d\u2019autres \u00eatres que nous, comment ne les conna\u00eetrions-nous point depuis longtemps ; comment ne les auriez-vous pas vus, vous ? comment ne les aurais-je pas vus, moi ? \u00bb<\/p>\n<p>Il r\u00e9pondit : \u00ab Est-ce que nous voyons la cent milli\u00e8me partie de ce qui existe ? Tenez, voici le vent, qui est la plus grande force de la nature, qui renverse les hommes, abat les \u00e9difices, d\u00e9racine les arbres, soul\u00e8ve la mer en montagnes d\u2019eau, d\u00e9truit les <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3707\">falaises<\/a>, et jette aux <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4056\">brisants<\/a> les grands navires, le vent qui tue, qui siffle, qui <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3708\">g\u00e9mit<\/a>, qui <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3709\">mugit<\/a>, \u2013 l\u2019avez-vous vu, et pouvez-vous le voir ? Il existe, pourtant. \u00bb<\/p>\n<p>Je me tus devant ce simple raisonnement. Cet homme \u00e9tait un sage ou peut-\u00eatre un sot. Je ne l\u2019aurais pu affirmer au juste ; mais je me tus. Ce qu\u2019il disait l\u00e0, je l\u2019avais pens\u00e9 souvent.<\/p>\n<p>3 juillet. \u2013 J\u2019ai mal dormi ; certes, il y a ici une influence fi\u00e9vreuse, car mon cocher souffre du m\u00eame mal que moi. En rentrant hier, j\u2019avais remarqu\u00e9 sa p\u00e2leur singuli\u00e8re. Je lui demandai :<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce que vous avez, Jean ?<br \/>\n\u2013 J\u2019ai que je ne peux plus me reposer, monsieur, ce sont mes nuits qui mangent mes jours. Depuis le d\u00e9part de monsieur, cela me tient comme un sort. \u00bb<\/p>\n<p>Les autres domestiques vont bien cependant, mais j\u2019ai grand-peur d\u2019\u00eatre repris, moi.<\/p>\n<p>4 juillet. \u2013 D\u00e9cid\u00e9ment, je suis repris. Mes cauchemars anciens reviennent.<\/p>\n<p>Cette nuit, j\u2019ai senti quelqu\u2019un <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3662\">accroupi<\/a> sur moi, et qui, sa bouche sur la mienne, buvait ma vie entre mes l\u00e8vres. Oui, il la puisait dans ma gorge, comme aurait fait une <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3711\">sangsue<\/a>. Puis il s\u2019est lev\u00e9, <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3712\">repu<\/a>, et moi je me suis r\u00e9veill\u00e9, tellement <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3713\">meurtri<\/a>, bris\u00e9, <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3714\">an\u00e9anti<\/a>, que je ne pouvais plus remuer. Si cela continue encore quelques jours, je repartirai certainement.<\/p>\n<p>5 juillet. \u2013 Ai-je perdu la raison ? Ce qui s\u2019est pass\u00e9 la nuit derni\u00e8re est tellement \u00e9trange, que ma t\u00eate <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3715\">s\u2019\u00e9gare<\/a> quand j\u2019y songe !<\/p>\n<p>Comme je le fais maintenant chaque soir, j\u2019avais ferm\u00e9 ma porte \u00e0 clef ; puis, ayant soif, je bus un demi-verre d\u2019eau, et je remarquai par hasard que ma carafe \u00e9tait pleine jusqu\u2019au bouchon de cristal.<\/p>\n<p>Je me couchai ensuite et je tombai dans un de mes sommeils <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3716\">\u00e9pouvantables<\/a>, dont je fus tir\u00e9 au bout de deux heures environ par une <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3717\">secousse<\/a> plus affreuse encore.<\/p>\n<p>Figurez-vous un homme qui dort, qu\u2019on assassine, et qui se r\u00e9veille, avec un couteau dans le poumon, et qui r\u00e2le couvert de sang, et qui ne peut plus respirer, et qui va mourir, et qui ne comprend pas \u2013 voil\u00e0.<\/p>\n<p>Ayant enfin reconquis ma raison, j\u2019eus soif de nouveau ; j\u2019allumai une bougie et j\u2019allai vers la table o\u00f9 \u00e9tait pos\u00e9e ma carafe. Je la soulevai en la penchant sur mon verre ; rien ne coula. \u2013 Elle \u00e9tait vide ! Elle \u00e9tait vide compl\u00e8tement ! D\u2019abord, je n\u2019y compris rien ; puis, tout \u00e0 coup, je ressentis une \u00e9motion si terrible, que je dus m\u2019asseoir, ou plut\u00f4t, que je tombai sur une chaise ! puis, je me redressai d\u2019un saut pour regarder autour de moi ! puis je me rassis, \u00e9perdu d\u2019\u00e9tonnement et de peur, devant le cristal transparent ! Je le contemplais avec des yeux fixes, cherchant \u00e0 deviner.<\/p>\n<p>Mes mains tremblaient ! On avait donc bu cette eau ? Qui ? Moi ? moi, sans doute ? Ce ne pouvait \u00eatre que moi ? Alors, j\u2019\u00e9tais <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3718\">somnambule<\/a>, je vivais, sans le savoir, de cette double vie myst\u00e9rieuse qui fait douter s\u2019il y a deux \u00eatres en nous, ou<br \/>\nsi un \u00eatre \u00e9tranger, inconnaissable et invisible, anime, par moments, quand notre \u00e2me est <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4113\">engourdie<\/a>, notre corps captif qui <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3719\">ob\u00e9it<\/a> \u00e0 cet autre, comme \u00e0 nous- m\u00eames, plus qu\u2019\u00e0 nous-m\u00eames.<\/p>\n<p>Ah ! qui comprendra mon <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3720\">angoisse<\/a> abominable ? Qui comprendra l\u2019\u00e9motion d\u2019un homme, sain d\u2019esprit, bien \u00e9veill\u00e9, plein de raison et qui regarde \u00e9pouvant\u00e9, \u00e0 travers le verre d\u2019une carafe, un peu d\u2019eau disparue pendant qu\u2019il a dormi ! Et je restai l\u00e0 jusqu\u2019au jour, sans <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3721\">oser<\/a> regagner mon lit.<\/p>\n<p>6 juillet. \u2013 Je deviens fou. On a encore bu toute ma carafe cette nuit ; \u2013 ou plut\u00f4t, je l\u2019ai bue !<\/p>\n<p>Mais, est-ce moi ? Est-ce moi ? Qui serait-ce ? Qui ? Oh ! mon Dieu ! Je deviens fou ! Qui me sauvera ?<\/p>\n<p>10 juillet. \u2013 Je viens de faire des \u00e9preuves surprenantes.<\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment, je suis fou ! Et pourtant !<\/p>\n<p>Le 6 juillet, avant de me coucher, j\u2019ai plac\u00e9 sur ma table du vin, du lait, de l\u2019eau, du pain et des fraises.<\/p>\n<p>On a bu \u2013 j\u2019ai bu \u2013 toute l\u2019eau, et un peu de lait.<\/p>\n<p>On n\u2019a touch\u00e9 ni au vin, ni au pain, ni aux fraises.<\/p>\n<p>Le 7 juillet, j\u2019ai renouvel\u00e9 la m\u00eame <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3722\">\u00e9preuve<\/a>, qui a donn\u00e9 le m\u00eame r\u00e9sultat.<\/p>\n<p>Le 8 juillet, j\u2019ai supprim\u00e9 l\u2019eau et le lait. On n\u2019a touch\u00e9 \u00e0 rien.<\/p>\n<p>Le 9 juillet enfin, j\u2019ai remis sur ma table l\u2019eau et le lait seulement, en ayant soin d\u2019envelopper les carafes en des linges de mousseline blanche et de ficeler les bouchons. Puis, j\u2019ai frott\u00e9 mes l\u00e8vres, ma barbe, mes mains avec de la mine de <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3723\">plomb<\/a>, et je me suis couch\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019invincible sommeil m\u2019a saisi, suivi bient\u00f4t de l\u2019atroce r\u00e9veil. Je n\u2019avais point remu\u00e9 ; mes draps eux-m\u00eames ne portaient pas de taches. Je m\u2019\u00e9lan\u00e7ai vers ma table. Les linges enfermant les bouteilles \u00e9taient demeur\u00e9s immacul\u00e9s. Je <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3724\">d\u00e9liai<\/a> les <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3725\">cordons<\/a>, en palpitant de <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3726\">crainte<\/a>. On avait bu toute l\u2019eau ! on avait bu tout le lait ! Ah ! mon Dieu !&#8230;<\/p>\n<p>Je vais partir tout \u00e0 l\u2019heure pour Paris.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3615\" src=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_202917357.png\" alt=\"\" width=\"224\" height=\"518\" srcset=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_202917357.png 348w, https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_202917357-130x300.png 130w, https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_202917357-65x150.png 65w, https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_202917357-225x520.png 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 224px) 100vw, 224px\" \/><\/p>\n<p>12 juillet. \u2013 Paris. J\u2019avais donc perdu la t\u00eate les jours derniers ! J\u2019ai d\u00fb \u00eatre le jouet de mon imagination \u00e9nerv\u00e9e, \u00e0 moins que je ne sois vraiment somnambule, ou que j\u2019aie subi une de ces influences constat\u00e9es, mais inexplicables jusqu\u2019ici, qu\u2019on appelle suggestions. En tout cas, mon affolement touchait \u00e0 la <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3749\">d\u00e9mence<\/a>, et vingt-quatre heures de Paris ont suffi pour me remettre <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4048\">d\u2019aplomb<\/a>.<\/p>\n<p>Hier, apr\u00e8s des courses et des visites, qui m\u2019ont fait passer dans l\u2019\u00e2me de l\u2019air nouveau et vivifiant, j\u2019ai fini ma soir\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre-Fran\u00e7ais. On y jouait une pi\u00e8ce d\u2019Alexandre Dumas fils ; et cet esprit alerte et puissant a achev\u00e9 de me gu\u00e9rir. Certes, la solitude est dangereuse pour les intelligences qui travaillent. Il nous faut autour de nous, des hommes qui pensent et qui parlent. Quand nous sommes seuls longtemps, nous peuplons le vide de fant\u00f4mes.<\/p>\n<p>Je suis rentr\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4tel tr\u00e8s <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4104\">gai<\/a>, par les boulevards. Au coudoiement de la foule, je <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3728\">songeais<\/a>, non sans ironie, \u00e0 mes terreurs, \u00e0 mes suppositions de l\u2019autre semaine, car j\u2019ai cru, oui, j\u2019ai cru qu\u2019un \u00eatre invisible habitait sous mon toit. Comme notre t\u00eate est faible et s\u2019effare, et s\u2019\u00e9gare vite, d\u00e8s qu\u2019un petit fait incompr\u00e9hensible nous frappe !<\/p>\n<p>Au lieu de conclure par ces simples mots : \u00ab Je ne comprends pas parce que la cause m\u2019\u00e9chappe \u00bb, nous imaginons aussit\u00f4t des myst\u00e8res effrayants et des puissances surnaturelles.<\/p>\n<p>14 juillet. \u2013 F\u00eate de la R\u00e9publique. Je me suis promen\u00e9 par les rues. Les p\u00e9tards et les drapeaux m\u2019amusaient comme un enfant. C\u2019est pourtant fort b\u00eate d\u2019\u00eatre joyeux, \u00e0 date fixe, par d\u00e9cret du gouvernement. Le peuple\u00a0est un <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4143\">troupeau<\/a> imb\u00e9cile, tant\u00f4t stupidement patient et tant\u00f4t f\u00e9rocement r\u00e9volt\u00e9. On lui dit : \u00ab Amuse- toi. \u00bb Il s\u2019amuse. On lui dit : \u00ab Va te battre avec le voisin. \u00bb Il va se battre. On lui dit : \u00ab Vote pour l\u2019Empereur. \u00bb Il vote pour l\u2019Empereur. Puis, on lui dit : \u00ab Vote pour la R\u00e9publique. \u00bb Et il vote pour la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Ceux qui le dirigent sont aussi sots ; mais au lieu d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 des hommes, ils ob\u00e9issent \u00e0 des principes, lesquels ne peuvent \u00eatre que <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3729\">niais<\/a>, st\u00e9riles et faux, par cela m\u00eame qu\u2019ils sont des principes, c\u2019est-\u00e0-dire des id\u00e9es r\u00e9put\u00e9es certaines et immuables, en ce monde o\u00f9 l\u2019on n\u2019est s\u00fbr de rien, puisque la lumi\u00e8re est une illusion, puisque le bruit est une illusion.<\/p>\n<p>16 juillet. \u2013 J\u2019ai vu hier des choses qui m\u2019ont beaucoup troubl\u00e9.<\/p>\n<p>Je d\u00eenais chez ma cousine, Mme Sabl\u00e9, dont le mari commande le 76e chasseurs \u00e0 Limoges. Je me trouvais chez elle avec deux jeunes femmes, dont l\u2019une a \u00e9pous\u00e9 un m\u00e9decin, le docteur Parent, qui s\u2019occupe beaucoup des maladies nerveuses et des manifestations extraordinaires auxquelles donnent lieu en ce moment les exp\u00e9riences sur l\u2019hypnotisme et la suggestion.<\/p>\n<p>Il nous raconta longtemps les r\u00e9sultats prodigieux obtenus par des savants anglais et par les m\u00e9decins de l\u2019\u00e9cole de Nancy.<\/p>\n<p>Les faits qu\u2019il avan\u00e7a me <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3730\">parurent<\/a> tellement bizarres, que je me d\u00e9clarai tout \u00e0 fait incr\u00e9dule.<\/p>\n<p>\u00ab Nous sommes, affirmait-il, sur le point de d\u00e9couvrir un des plus importants secrets de la nature, je veux dire, un de ses plus importants secrets sur cette terre ; car elle en a certes d\u2019autrement importants, l\u00e0-bas, dans les \u00e9toiles. Depuis que l\u2019homme pense, depuis qu\u2019il sait dire et \u00e9crire sa pens\u00e9e, il se sent fr\u00f4l\u00e9 par un myst\u00e8re imp\u00e9n\u00e9trable pour ses sens grossiers et imparfaits, et il t\u00e2che de suppl\u00e9er, par l\u2019effort de son intelligence, \u00e0 l\u2019impuissance de ses organes. Quand cette intelligence demeurait encore \u00e0 l\u2019\u00e9tat rudimentaire, cette <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3731\">hantise<\/a> des ph\u00e9nom\u00e8nes invisibles a pris des formes <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3732\">banalement<\/a> effrayantes. De l\u00e0 sont n\u00e9es les croyances populaires au surnaturel, les l\u00e9gendes des esprits r\u00f4deurs, des f\u00e9es, des gnomes, des revenants, je dirai m\u00eame la l\u00e9gende de Dieu, car nos conceptions de l\u2019ouvrier-cr\u00e9ateur, de quelque religion qu\u2019elles nous viennent, sont bien les inventions les plus m\u00e9diocres, les plus stupides, les plus inacceptables sorties du cerveau <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3733\">apeur\u00e9<\/a> des cr\u00e9atures. Rien de plus vrai que cette parole de\u00a0Voltaire : \u201cDieu a fait l\u2019homme \u00e0 son image, mais l\u2019homme le lui a bien rendu.\u201d<\/p>\n<p>\u00ab Mais, depuis un peu plus d\u2019un si\u00e8cle, on semble pressentir quelque chose de nouveau. Mesmer et quelques autres nous ont mis sur une voie inattendue, et nous sommes arriv\u00e9s vraiment, depuis quatre ou cinq ans surtout, \u00e0 des r\u00e9sultats surprenants. \u00bb<\/p>\n<p>Ma cousine, tr\u00e8s incr\u00e9dule aussi, souriait. Le docteur Parent lui dit : \u00ab Voulez-vous que j\u2019essaie de vous endormir, madame ?<br \/>\n\u2013 Oui, je veux bien. \u00bb<\/p>\n<p>Elle s\u2019assit dans un fauteuil et il commen\u00e7a \u00e0 la regarder fixement en la fascinant. Moi, je me sentis soudain un peu troubl\u00e9, le c\u0153ur battant, la gorge serr\u00e9e. Je voyais les yeux de Mme Sabl\u00e9 s\u2019alourdir, sa bouche se crisper, sa poitrine haleter.<\/p>\n<p>Au bout de dix minutes, elle dormait.<\/p>\n<p>\u00ab Mettez-vous derri\u00e8re elle \u00bb, dit le m\u00e9decin.<\/p>\n<p>Et je m\u2019assis derri\u00e8re elle. Il lui pla\u00e7a entre les mains une carte de visite en lui disant : \u00ab Ceci est un miroir ; que voyez-vous dedans ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle r\u00e9pondit :<br \/>\n\u00ab Je vois mon cousin.<br \/>\n\u2013 Que fait-il ?<br \/>\n\u2013 Il se tord la moustache.<br \/>\n\u2013 Et maintenant ?<br \/>\n\u2013 Il tire de sa poche une photographie.<br \/>\n\u2013 Quelle est cette photographie ?<br \/>\n\u2013 La sienne. \u00bb<br \/>\nC\u2019\u00e9tait vrai ! Et cette photographie venait de m\u2019\u00eatre livr\u00e9e, le soir m\u00eame, \u00e0 l\u2019h\u00f4tel.<br \/>\n\u00ab Comment est-il sur ce portrait ?<br \/>\n\u2013 Il se tient debout avec son chapeau \u00e0 la main. \u00bb<br \/>\nDonc elle voyait dans cette carte, dans ce carton blanc, comme elle e\u00fbt vu dans une glace.<\/p>\n<p>Les jeunes femmes, \u00e9pouvant\u00e9es, disaient :<br \/>\n\u00ab Assez ! Assez ! Assez ! \u00bb<\/p>\n<p>Mais le docteur ordonna : \u00ab Vous vous l\u00e8verez demain \u00e0 huit heures ; puis vous irez trouver \u00e0 son h\u00f4tel votre cousin, et vous le supplierez de vous\u00a0pr\u00eater cinq mille francs que votre mari vous demande et qu\u2019il vous r\u00e9clamera \u00e0 son prochain voyage. \u00bb<\/p>\n<p>Puis il la r\u00e9veilla.<\/p>\n<p>En rentrant \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, je songeai\u00a0\u00e0 cette curieuse s\u00e9ance et des doutes m\u2019assaillirent, non point sur l\u2019absolue, sur <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3736\">l\u2019insoup\u00e7onnable<\/a> bonne foi de ma cousine, que je connaissais comme une s\u0153ur, depuis l\u2019enfance, mais sur une supercherie possible du docteur. Ne dissimulait-il pas dans sa main une glace qu\u2019il montrait \u00e0 la jeune femme endormie, en m\u00eame temps que sa carte de visite ? Les <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3737\">prestidigitateurs<\/a> de profession font des choses autrement singuli\u00e8res.<\/p>\n<p>Je rentrai donc et je me couchai.<\/p>\n<p>Or, ce matin, vers huit heures et demie, je fus r\u00e9veill\u00e9 par mon valet de chambre, qui me dit :<br \/>\n\u00ab C\u2019est Mme Sabl\u00e9 qui demande \u00e0 parler \u00e0 monsieur tout de suite. \u00bb<\/p>\n<p>Je m\u2019habillai \u00e0 la h\u00e2te et je la re\u00e7us.<\/p>\n<p>Elle s\u2019assit fort troubl\u00e9e, les yeux baiss\u00e9s, et, sans lever son voile, elle me dit :<br \/>\n\u00ab Mon cher cousin, j\u2019ai un gros service \u00e0 vous demander.<br \/>\n\u2013 Lequel, ma cousine ?<br \/>\n\u2013 Cela me g\u00eane beaucoup de vous le dire, et pourtant, il le faut. J\u2019ai besoin, absolument besoin, de cinq mille francs.<br \/>\n\u2013 Allons donc, vous ?<br \/>\n\u2013 Oui, moi, ou plut\u00f4t mon mari, qui me charge de les trouver. \u00bb<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais tellement stup\u00e9fait, que je balbutiais mes r\u00e9ponses. Je me demandais si vraiment elle ne s\u2019\u00e9tait pas moqu\u00e9e de moi avec le docteur Parent, si ce n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0 une simple farce pr\u00e9par\u00e9e d\u2019avance et fort bien jou\u00e9e.<\/p>\n<p>Mais, en la regardant avec attention, tous mes doutes se dissip\u00e8rent. Elle tremblait d\u2019angoisse, tant cette d\u00e9marche lui \u00e9tait douloureuse, et je compris qu\u2019elle avait la gorge pleine de sanglots.<\/p>\n<p>Je la savais fort riche et je repris :<br \/>\n\u00ab Comment ! votre mari n\u2019a pas cinq mille francs \u00e0 sa disposition ! Voyons, r\u00e9fl\u00e9chissez. \u00cates-vous s\u00fbre qu\u2019il vous a charg\u00e9e de me les demander ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle h\u00e9sita quelques secondes comme si elle e\u00fbt fait un grand effort pour chercher dans son souvenir, puis elle r\u00e9pondit :<br \/>\n\u00ab Oui&#8230;, oui&#8230; j\u2019en suis s\u00fbre. \u2013 Il vous a \u00e9crit ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle h\u00e9sita encore, r\u00e9fl\u00e9chissant. Je devinai le travail torturant de sa pens\u00e9e. Elle ne savait pas. Elle savait seulement qu\u2019elle devait m\u2019emprunter cinq mille francs pour son mari. Donc elle osa mentir.<\/p>\n<p>\u00ab Oui, il m\u2019a \u00e9crit.<br \/>\n\u2013 Quand donc ? Vous ne m\u2019avez parl\u00e9 de rien, hier.<br \/>\n\u2013 J\u2019ai re\u00e7u sa lettre ce matin.<br \/>\n\u2013 Pouvez-vous me la montrer ?<br \/>\n\u2013 Non&#8230; non&#8230; non&#8230; elle contenait des choses intimes&#8230; trop personnelles&#8230; je l\u2019ai&#8230; je l\u2019ai br\u00fbl\u00e9e.<br \/>\n\u2013 Alors, c\u2019est que votre mari fait des dettes. \u00bb Elle h\u00e9sita encore, puis murmura :<br \/>\n\u00ab Je ne sais pas. \u00bb<\/p>\n<p>Je d\u00e9clarai brusquement :<br \/>\n\u00ab C\u2019est que je ne puis disposer de cinq mille francs en ce moment, ma ch\u00e8re cousine. \u00bb<br \/>\nElle poussa une sorte de cri de souffrance.<br \/>\n\u00ab Oh ! oh ! je vous en prie, je vous en prie, trouvez-les&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Elle s\u2019exaltait, joignait les mains comme si elle m\u2019e\u00fbt pri\u00e9 ! J\u2019entendais sa voix changer de ton ; elle\u00a0pleurait et <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3739\">b\u00e9gayait<\/a>, <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3740\">harcel\u00e9e<\/a>, domin\u00e9e par l\u2019ordre irr\u00e9sistible qu\u2019elle avait re\u00e7u.<\/p>\n<p>\u00ab Oh ! oh ! je vous en supplie&#8230; si vous saviez comme je souffre&#8230; il me les faut aujourd\u2019hui. \u00bb<br \/>\nJ\u2019eus piti\u00e9 d\u2019elle.<br \/>\n\u00ab Vous les aurez tant\u00f4t, je vous le jure. \u00bb Elle s\u2019\u00e9cria :<br \/>\n\u00ab Oh ! merci ! merci ! que vous \u00eates bon. \u00bb<br \/>\nJe repris : \u00ab Vous rappelez-vous ce qui s\u2019est pass\u00e9 hier chez vous ?<br \/>\n\u2013 Oui.<br \/>\n\u2013 Vous rappelez-vous que le docteur Parent vous a endormie ?<br \/>\n\u2013 Oui.<br \/>\n\u2013 Eh bien, il vous a ordonn\u00e9 de venir m\u2019emprunter ce matin cinq mille francs, et vous ob\u00e9issez en ce moment \u00e0 cette suggestion. \u00bb<\/p>\n<p>Elle r\u00e9fl\u00e9chit quelques secondes et r\u00e9pondit :<br \/>\n\u00ab Puisque c\u2019est mon mari qui les demande. \u00bb Pendant une heure, j\u2019essayai de la convaincre, mais je n\u2019y pus parvenir.<\/p>\n<p>Quand elle fut partie, je courus chez le docteur. Il allait sortir ; et il m\u2019\u00e9couta en souriant. Puis il dit :<\/p>\n<p>\u00ab Croyez-vous maintenant ?<br \/>\n\u2013 Oui, il le faut bien.<br \/>\n\u2013 Allons chez votre parente. \u00bb<\/p>\n<p>Elle sommeillait d\u00e9j\u00e0 sur une chaise longue, accabl\u00e9e de fatigue. Le m\u00e9decin lui prit le pouls, la regarda quelque temps, une main lev\u00e9e vers ses yeux qu\u2019elle ferma peu \u00e0 peu sous l\u2019effort insoutenable de cette puissance magn\u00e9tique.<\/p>\n<p>Quand elle fut endormie :<br \/>\n\u00ab Votre mari n\u2019a plus besoin de cinq mille francs. Vous allez donc oublier que vous avez pri\u00e9 votre cousin de vous les pr\u00eater, et, s\u2019il vous parle de cela, vous ne comprendrez pas. \u00bb<\/p>\n<p>Puis il la r\u00e9veilla. Je tirai de ma poche un portefeuille :<br \/>\n\u00ab Voici, ma ch\u00e8re cousine, ce que vous m\u2019avez demand\u00e9 ce matin. \u00bb<\/p>\n<p>Elle fut tellement surprise que je n\u2019osai pas insister. J\u2019essayai cependant de <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3741\">ranimer<\/a> sa m\u00e9moire, mais elle nia avec force, crut que je me <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4153\">moquais<\/a> d\u2019elle, et faillit, \u00e0 la fin, se f\u00e2cher.<br \/>\n. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br \/>\nVoil\u00e0 ! je viens de rentrer ; et je n\u2019ai pu d\u00e9jeuner, tant cette exp\u00e9rience m\u2019a boulevers\u00e9.<\/p>\n<p>19 juillet. \u2013 Beaucoup de personnes \u00e0 qui j\u2019ai racont\u00e9 cette aventure se sont moqu\u00e9es de moi. Je ne sais plus que penser. Le sage dit : Peut-\u00eatre ?<\/p>\n<p>21 juillet. \u2013 J\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u00eener \u00e0 Bougival, puis j\u2019ai pass\u00e9 la soir\u00e9e au bal des canotiers. D\u00e9cid\u00e9ment, tout d\u00e9pend des lieux et des milieux. Croire au surnaturel dans l\u2019\u00eele de la Grenouill\u00e8re, serait le comble de la folie&#8230; mais au sommet du mont Saint- Michel ?&#8230; mais dans les Indes ? Nous subissons effroyablement l\u2019influence de ce qui nous entoure. Je rentrerai chez moi la semaine prochaine.<\/p>\n<p>30 juillet. \u2013 Je suis revenu dans ma maison depuis hier. Tout va bien.<\/p>\n<p>2 ao\u00fbt. \u2013 Rien de nouveau ; il fait un temps superbe. Je passe mes journ\u00e9es \u00e0 regarder couler la Seine.<\/p>\n<p>4 ao\u00fbt. \u2013 Querelles parmi mes domestiques. Ils pr\u00e9tendent qu\u2019on casse les verres, la nuit, dans les armoires. Le valet de chambre accuse la cuisini\u00e8re, qui accuse la ling\u00e8re, qui accuse les deux autres. Quel est le coupable ? Bien fin qui le dirait !<\/p>\n<p>6 ao\u00fbt. \u2013 Cette fois, je ne suis pas fou. J\u2019ai vu&#8230; j\u2019ai vu&#8230; j\u2019ai vu !&#8230; Je ne puis plus douter&#8230; j\u2019ai vu !&#8230; J\u2019ai encore froid jusque dans les ongles&#8230; j\u2019ai encore peur jusque dans les moelles&#8230; j\u2019ai vu !&#8230;<\/p>\n<p>Je me promenais \u00e0 deux heures, en plein soleil, dans mon parterre de rosiers&#8230; dans l\u2019all\u00e9e des rosiers d\u2019automne qui commencent \u00e0 fleurir.<\/p>\n<p>Comme je m\u2019arr\u00eatais \u00e0 regarder un g\u00e9ant des batailles, qui portait trois fleurs magnifiques, je vis, je vis distinctement, tout pr\u00e8s de moi, la tige d\u2019une de ces roses se plier, comme si une main invisible l\u2019e\u00fbt tordue, puis se casser, comme si cette main l\u2019e\u00fbt cueillie ! Puis la fleur s\u2019\u00e9leva, suivant une courbe qu\u2019aurait d\u00e9crite un bras en la portant vers une bouche, et elle resta suspendue dans l\u2019air transparent, toute seule, immobile, effrayante tache rouge \u00e0 trois pas de mes yeux.<\/p>\n<p><a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3744\">\u00c9perdu<\/a>, je me jetai sur elle pour la saisir ! Je ne trouvai rien ; elle avait disparu. Alors je fus pris d\u2019une col\u00e8re furieuse contre moi-m\u00eame ; car il n\u2019est pas permis \u00e0 un homme raisonnable et s\u00e9rieux d\u2019avoir de pareilles hallucinations.<\/p>\n<p>Mais \u00e9tait-ce bien une hallucination ? Je me retournai pour chercher la tige, et je la retrouvai imm\u00e9diatement sur l\u2019arbuste, fra\u00eechement bris\u00e9e entre les deux autres roses demeur\u00e9es \u00e0 la branche.<\/p>\n<p>Alors, je rentrai chez moi l\u2019\u00e2me boulevers\u00e9e, car je suis certain, maintenant, certain comme de l\u2019alternance des jours et des nuits, qu\u2019il existe pr\u00e8s de moi un \u00eatre invisible, qui se nourrit de lait et\u00a0d\u2019eau, qui peut toucher aux choses, les prendre et les changer de place, dou\u00e9 par cons\u00e9quent d\u2019une nature mat\u00e9rielle, bien qu\u2019imperceptible pour nos sens, et qui habite comme moi, sous mon toit&#8230;<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-3610\" src=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_201917084.png\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"584\" srcset=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_201917084.png 477w, https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_201917084-206x300.png 206w, https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_201917084-65x95.png 65w, https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_201917084-225x328.png 225w, https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_201917084-350x511.png 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/p>\n<p>7 ao\u00fbt. \u2013 J\u2019ai dormi tranquille. Il a bu l\u2019eau de ma carafe, mais n\u2019a point troubl\u00e9 mon sommeil.<\/p>\n<p>Je me demande si je suis fou. En me promenant, tant\u00f4t au grand soleil, le long de la rivi\u00e8re, des doutes me sont venus sur ma raison, non point des doutes vagues comme j\u2019en avais jusqu\u2019ici, mais des doutes pr\u00e9cis, absolus. J\u2019ai vu des fous ; j\u2019en ai connu qui restaient intelligents, lucides, clairvoyants m\u00eame sur toutes les choses de la vie, sauf sur un point. Ils parlaient de tout avec clart\u00e9, avec souplesse, avec profondeur, et soudain leur pens\u00e9e, touchant l\u2019\u00e9cueil de leur folie s\u2019y d\u00e9chirait en pi\u00e8ces, <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3747\">s\u2019\u00e9parpillait<\/a> et sombrait dans cet oc\u00e9an effrayant et furieux, plein de vagues bondissantes, de brouillards, de <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3748\">bourrasques<\/a>, qu\u2019on nomme \u00ab la d\u00e9mence \u00bb.<\/p>\n<p>Certes, je me croirais fou, absolument fou, si je n\u2019\u00e9tais conscient, si je ne connaissais parfaitement mon \u00e9tat, si je ne le sondais en l\u2019analysant avec une compl\u00e8te lucidit\u00e9. Je ne serais donc, en somme, qu\u2019un hallucin\u00e9 raisonnant. Un trouble inconnu se serait produit dans mon cerveau, un de ces troubles qu\u2019essaient de noter et de pr\u00e9ciser aujourd\u2019hui les physiologistes ; et ce trouble aurait d\u00e9termin\u00e9 dans mon esprit, dans l\u2019ordre et la logique de mes id\u00e9es, une crevasse profonde. Des ph\u00e9nom\u00e8nes semblables ont lieu dans le r\u00eave qui nous prom\u00e8ne \u00e0 travers les fantasmagories les plus <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3750\">invraisemblables<\/a>, sans que nous en soyons surpris, parce que l\u2019appareil v\u00e9rificateur, parce que le sens du contr\u00f4le est endormi ; tandis que la facult\u00e9 imaginative veille et travaille. Ne se peut-il pas qu\u2019une des imperceptibles touches du clavier c\u00e9r\u00e9bral se trouve paralys\u00e9e chez moi ? Des hommes, \u00e0 la suite d\u2019accidents, perdent la m\u00e9moire des noms propres ou des verbes ou des chiffres, ou seulement des dates. Les localisations de toutes les parcelles de la pens\u00e9e sont aujourd\u2019hui prouv\u00e9es. Or, quoi d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce que ma facult\u00e9 de contr\u00f4ler l\u2019irr\u00e9alit\u00e9 de certaines hallucinations, se trouve engourdie chez moi en ce moment !<\/p>\n<p>Je songeais \u00e0 tout cela en suivant le bord de l\u2019eau. Le soleil couvrait de clart\u00e9 la rivi\u00e8re, faisait la terre d\u00e9licieuse, emplissait mon regard d\u2019amour pour la vie, pour les <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3751\">hirondelles<\/a>, dont l\u2019agilit\u00e9 est une joie de mes yeux, pour les herbes de la rive dont le fr\u00e9missement est un bonheur de mes oreilles.<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, cependant, un malaise inexplicable me p\u00e9n\u00e9trait. Une force, me semblait-il, une force occulte m\u2019engourdissait, m\u2019arr\u00eatait, m\u2019emp\u00eachait d\u2019aller plus loin, me rappelait en arri\u00e8re. J\u2019\u00e9prouvais ce besoin douloureux de rentrer qui vous oppresse, quand on a laiss\u00e9 au logis un malade aim\u00e9, et que le pressentiment vous saisit d\u2019une aggravation de son mal.<\/p>\n<p>Donc, je revins malgr\u00e9 moi, s\u00fbr que j\u2019allais trouver, dans ma maison, une mauvaise nouvelle, une lettre ou une d\u00e9p\u00eache. Il n\u2019y avait rien ; et je demeurai plus surpris et plus inquiet que si j\u2019avais eu de nouveau quelque vision fantastique.<\/p>\n<p>8 ao\u00fbt. \u2013 J\u2019ai pass\u00e9 hier une affreuse soir\u00e9e. Il ne se manifeste plus, mais je le sens pr\u00e8s de moi, m\u2019\u00e9piant, me regardant, me p\u00e9n\u00e9trant, me dominant et plus <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3754\">redoutable<\/a>, en se cachant ainsi, que s\u2019il signalait par des ph\u00e9nom\u00e8nes surnaturels sa pr\u00e9sence invisible et constante.<\/p>\n<p>J\u2019ai dormi, pourtant.<\/p>\n<p>9 ao\u00fbt. \u2013 Rien, mais j\u2019ai peur.<\/p>\n<p>10 ao\u00fbt. \u2013 Rien ; qu\u2019arrivera-t-il demain ?<\/p>\n<p>11 ao\u00fbt. \u2013 Toujours rien ; je ne puis plus rester chez moi avec cette crainte et cette pens\u00e9e entr\u00e9es en mon \u00e2me ; je vais partir.<\/p>\n<p>12 ao\u00fbt, 10 heures du soir. \u2013 Tout le jour j\u2019ai voulu m\u2019en aller ; je n\u2019ai pas pu. J\u2019ai voulu accomplir cet acte de libert\u00e9 si facile, si simple, \u2013 sortir \u2013 monter dans ma voiture pour gagner Rouen \u2013 je n\u2019ai pas pu. Pourquoi ?<\/p>\n<p>13 ao\u00fbt. \u2013 Quand on est atteint par certaines maladies, tous les ressorts de l\u2019\u00eatre physique semblent bris\u00e9s, toutes les \u00e9nergies an\u00e9anties, tous les muscles rel\u00e2ch\u00e9s, les os devenus mous comme la chair et la chair liquide comme de l\u2019eau. J\u2019\u00e9prouve cela dans mon \u00eatre moral d\u2019une fa\u00e7on \u00e9trange et d\u00e9solante. Je n\u2019ai plus aucune force, aucun courage, aucune domination sur moi aucun pouvoir m\u00eame de mettre en mouvement ma volont\u00e9. Je ne peux plus vouloir ; mais quelqu\u2019un veut pour moi ; et j\u2019ob\u00e9is.<\/p>\n<p>14 ao\u00fbt. \u2013 Je suis perdu ! Quelqu\u2019un poss\u00e8de mon \u00e2me et la gouverne ! quelqu\u2019un ordonne tous mes actes, tous mes mouvements, toutes mes pens\u00e9es. Je ne suis plus rien en moi, rien qu\u2019un spectateur\u00a0esclave et terrifi\u00e9 de toutes les choses que j\u2019accomplis. Je d\u00e9sire sortir. Je ne peux pas. Il ne veut pas ; et je reste, \u00e9perdu, tremblant, dans le fauteuil o\u00f9 il me tient assis. Je d\u00e9sire seulement me lever, me soulever, afin de me croire <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3755\">ma\u00eetre<\/a> de moi. Je ne peux pas ! Je suis riv\u00e9 \u00e0 mon si\u00e8ge et mon si\u00e8ge adh\u00e8re au sol, de telle sorte qu\u2019aucune force ne nous soul\u00e8verait.<\/p>\n<p>Puis, tout d\u2019un coup, il faut, il faut, il faut que j\u2019aille au fond de mon jardin cueillir des fraises et les manger. Et j\u2019y vais. Je cueille des fraises et je les mange ! Oh ! mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Est-il un Dieu ? S\u2019il en est un, d\u00e9livrez-moi, sauvez- moi ! secourez-moi ! Pardon ! Piti\u00e9 ! Gr\u00e2ce ! Sauvez-moi ! Oh ! quelle souffrance ! quelle torture ! quelle horreur !<\/p>\n<p>15 ao\u00fbt. \u2013 Certes, voil\u00e0 comment \u00e9tait poss\u00e9d\u00e9e et domin\u00e9e ma pauvre cousine, quand elle est venue m\u2019emprunter cinq mille francs. Elle subissait un vouloir \u00e9tranger entr\u00e9 en elle, comme une autre \u00e2me, comme une autre \u00e2me parasite et dominatrice. Est-ce que le monde va finir ?<\/p>\n<p>Mais celui qui me gouverne, quel est-il, cet invisible ? cet inconnaissable, ce r\u00f4deur d\u2019une race surnaturelle ?<\/p>\n<p>Donc les Invisibles existent ! Alors, comment depuis l\u2019origine du monde ne se sont-ils pas encore manifest\u00e9s d\u2019une fa\u00e7on pr\u00e9cise comme ils le font pour moi ? Je n\u2019ai jamais rien lu qui ressemble \u00e0 ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans ma demeure. Oh ! si je pouvais la quitter, si je pouvais m\u2019en aller, fuir et ne pas revenir. Je serais sauv\u00e9, mais je ne peux pas.<\/p>\n<p>16 ao\u00fbt. \u2013 J\u2019ai pu m\u2019\u00e9chapper aujourd\u2019hui pendant deux heures, comme un prisonnier qui trouve ouverte, par hasard, la porte de son <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3757\">cachot<\/a>. J\u2019ai senti que j\u2019\u00e9tais libre tout \u00e0 coup et qu\u2019il \u00e9tait loin. J\u2019ai ordonn\u00e9 d\u2019atteler bien vite et j\u2019ai gagn\u00e9 Rouen. Oh ! quelle joie de pouvoir dire \u00e0 un homme qui ob\u00e9it :<br \/>\n\u00ab Allez \u00e0 Rouen ! \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis fait arr\u00eater devant la biblioth\u00e8que et j\u2019ai pri\u00e9 qu\u2019on me pr\u00eat\u00e2t le grand trait\u00e9 du docteur Hermann Herestauss sur les habitants inconnus du monde antique et moderne.<\/p>\n<p>Puis, au moment de remonter dans mon coup\u00e9, j\u2019ai voulu dire : \u00ab \u00c0 la gare ! \u00bb et j\u2019ai cri\u00e9, \u2013 je n\u2019ai pas dit, j\u2019ai cri\u00e9 \u2013 d\u2019une voix si forte que les passants se sont retourn\u00e9s : \u00ab \u00c0 la maison \u00bb, et je suis tomb\u00e9, affol\u00e9 d\u2019angoisse, sur le coussin de ma voiture. Il m\u2019avait retrouv\u00e9 et repris.<\/p>\n<p>17 ao\u00fbt. \u2013 Quelle nuit ! quelle nuit ! Et pourtant il me semble que je devrais me r\u00e9jouir. Jusqu\u2019\u00e0 une heure du matin, j\u2019ai lu ! Hermann Herestauss, docteur en philosophie et en th\u00e9ogonie, a \u00e9crit l\u2019histoire et les manifestations de tous les \u00eatres invisibles r\u00f4dant autour de l\u2019homme ou r\u00eav\u00e9s par lui. Il d\u00e9crit leurs origines, leur domaine, leur puissance. Mais aucun d\u2019eux ne ressemble \u00e0 celui qui me hante. On dirait que l\u2019homme, depuis qu\u2019il pense, a <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3758\">pressenti<\/a> et redout\u00e9 un \u00eatre nouveau, plus fort que lui, son successeur en ce monde, et que, le sentant proche et ne pouvant pr\u00e9voir la nature de ce ma\u00eetre, il a cr\u00e9\u00e9, dans sa terreur, tout le peuple fantastique des \u00eatres occultes, fant\u00f4me vagues n\u00e9s de la peur.<\/p>\n<p>Donc, ayant lu jusqu\u2019\u00e0 une heure du matin, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 m\u2019asseoir ensuite aupr\u00e8s de ma fen\u00eatre ouverte pour rafra\u00eechir mon front et ma pens\u00e9e au vent calme de l\u2019obscurit\u00e9.<\/p>\n<p>Il faisait bon, il faisait ti\u00e8de ! Comme j\u2019aurais aim\u00e9 cette nuit-l\u00e0 autrefois !<\/p>\n<p>Pas de lune. Les \u00e9toiles avaient au fond du ciel noir des <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3759\">scintillements<\/a> fr\u00e9missants. Qui habite ces mondes ? Quelles formes, quels vivants, quels animaux, quelles plantes sont l\u00e0-bas ? Ceux qui pensent dans ces univers lointains, que savent-ils plus que nous ? Que peuvent-ils plus que nous ? Que voient-ils que nous ne connaissons point ? Un d\u2019eux, un jour ou l\u2019autre, traversant l\u2019espace, n\u2019appara\u00eetra-t- il pas sur notre terre pour la conqu\u00e9rir, comme les Normands jadis traversaient la mer pour asservir des peuples plus faibles ?<\/p>\n<p>Nous sommes si infirmes, si d\u00e9sarm\u00e9s, si ignorants, si petits, nous autres, sur ce grain de boue qui tourne d\u00e9lay\u00e9 dans une goutte d\u2019eau.<\/p>\n<p>Je m\u2019assoupis en r\u00eavant ainsi au vent frais du soir.<\/p>\n<p>Or, ayant dormi environ quarante minutes, je rouvris les yeux sans faire un mouvement, r\u00e9veill\u00e9 par je ne sais quelle \u00e9motion confuse et bizarre.<\/p>\n<p>Je ne vis rien d\u2019abord, puis, tout \u00e0 coup, il me sembla qu\u2019une page du livre rest\u00e9 ouvert sur ma table venait de tourner toute seule. Aucun souffle d\u2019air n\u2019\u00e9tait entr\u00e9 par ma fen\u00eatre. Je fus surpris et j\u2019attendis. Au bout de quatre minutes environ, je vis, je vis, oui, je vis de mes yeux une autre page se soulever et se rabattre sur la pr\u00e9c\u00e9dente, comme si un doigt l\u2019e\u00fbt <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3761\">feuillet\u00e9e<\/a>. Mon fauteuil \u00e9tait vide, semblait vide ; mais je compris qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0, lui, assis \u00e0 ma place, et qu\u2019il lisait. D\u2019un bond furieux, d\u2019un bond de b\u00eate r\u00e9volt\u00e9e, qui va \u00e9ventrer son dompteur, je traversai ma chambre pour le saisir, pour l\u2019\u00e9treindre, pour le tuer !&#8230; Mais mon si\u00e8ge, avant que je <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4118\">l\u2019eusse<\/a> atteint, se renversa comme si on e\u00fbt fui devant moi&#8230; ma table <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3762\">oscilla<\/a>, ma lampe tomba et s\u2019\u00e9teignit, et ma fen\u00eatre se ferma comme si un malfaiteur surpris se f\u00fbt \u00e9lanc\u00e9 dans la nuit, en prenant \u00e0 pleines mains les battants.<\/p>\n<p>Donc, il s\u2019\u00e9tait sauv\u00e9 ; il avait eu peur, peur de moi, lui !<\/p>\n<p>Alors&#8230; alors&#8230; demain&#8230; ou apr\u00e8s&#8230; ou un jour quelconque, je pourrai donc le tenir sous mes poings, et l\u2019\u00e9craser contre le sol ! Est-ce que les chiens, quelquefois, ne <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3763\">mordent<\/a> point et n\u2019\u00e9tranglent pas leurs ma\u00eetres ?<\/p>\n<p>18 ao\u00fbt. \u2013 J\u2019ai song\u00e9 toute la journ\u00e9e. Oh ! oui je vais lui ob\u00e9ir, suivre ses impulsions, accomplir toutes ses <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3764\">volont\u00e9s<\/a>, me faire humble, soumis, l\u00e2che. Il est le plus fort. Mais une heure viendra&#8230;<\/p>\n<p>19 ao\u00fbt. \u2013 Je sais&#8230; je sais&#8230; je sais tout ! Je viens de lire ceci dans la Revue du Monde scientifique :<\/p>\n<p>\u00ab Une nouvelle assez curieuse nous arrive de Rio de Janeiro. Une folie, une \u00e9pid\u00e9mie de folie, comparable aux d\u00e9mences contagieuses qui atteignirent les peuples d\u2019Europe au moyen \u00e2ge, s\u00e9vit en ce moment dans la province de San-Paulo. Les habitants \u00e9perdus quittent leurs maisons, d\u00e9sertent leurs villages, abandonnent leurs cultures, se disant poursuivis, poss\u00e9d\u00e9s, gouvern\u00e9s comme un b\u00e9tail humain par des \u00eatres invisibles bien que tangibles, des sortes de vampires qui se nourrissent de leur vie, pendant leur sommeil, et qui boivent en\u00a0outre de l\u2019eau et du lait sans <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3765\">para\u00eetre<\/a> toucher \u00e0 aucun autre aliment.<br \/>\n\u00ab M. le professeur Don Pedro Henriquez, accompagn\u00e9 de plusieurs savants m\u00e9decins, est parti pour la province de San-Paulo afin d\u2019\u00e9tudier sur place les origines et les manifestations de cette <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3766\">surprenante<\/a> folie, et de proposer \u00e0 l\u2019Empereur les mesures qui lui para\u00eetront le plus propres \u00e0 rappeler \u00e0 la raison ces populations en d\u00e9lire. \u00bb<\/p>\n<p>Ah ! Ah ! je me rappelle, je me rappelle le beau trois-m\u00e2ts br\u00e9silien qui passa sous mes fen\u00eatres en remontant la Seine, le 8 mai dernier ! Je le trouvais si joli, si blanc, si gai ! L\u2019\u00catre \u00e9tait dessus, venant de l\u00e0-bas, o\u00f9 sa race est n\u00e9e ! Et il m\u2019a vu ! Il a vu ma demeure blanche aussi ; et il a saut\u00e9 du navire sur la rive. Oh ! mon Dieu !<\/p>\n<p>\u00c0 pr\u00e9sent, je sais, je devine. Le r\u00e8gne de l\u2019homme est fini.<\/p>\n<p>Il est venu, Celui que redoutaient les premi\u00e8res terreurs des peuples na\u00effs, Celui <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4088\">qu\u2019exorcisaient<\/a> les pr\u00eatres inquiets, que les sorciers \u00e9voquaient par les nuits sombres, sans le voir appara\u00eetre encore, \u00e0 qui les pressentiments des ma\u00eetres passagers du monde pr\u00eat\u00e8rent toutes les formes monstrueuses ou gracieuses des gnomes, des esprits, des g\u00e9nies, des f\u00e9es, des leprechauns farfadets. Apr\u00e8s les grossi\u00e8res conceptions de l\u2019\u00e9pouvante primitive, des hommes plus <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3769\">perspicaces<\/a> l\u2019ont pressenti plus clairement. Mesmer l\u2019avait devin\u00e9 et les m\u00e9decins, depuis dix ans d\u00e9j\u00e0, ont d\u00e9couvert, d\u2019une fa\u00e7on pr\u00e9cise, la nature de sa puissance avant qu\u2019il l\u2019e\u00fbt exerc\u00e9e lui-m\u00eame. Ils ont jou\u00e9 avec cette arme du Seigneur nouveau, la domination d\u2019un myst\u00e9rieux vouloir sur l\u2019\u00e2me humaine devenue esclave. Ils ont appel\u00e9 cela magn\u00e9tisme, hypnotisme, suggestion&#8230; que sais-je ? Je le ai vus s\u2019amuser comme des enfants imprudents avec cette horrible puissance ! Malheur \u00e0 nous ! Malheur \u00e0 l\u2019homme ! Il est venu, le&#8230; le&#8230; comment se nomme-t-il&#8230; le&#8230; il me semble qu\u2019il me crie son nom, et je ne l\u2019entends pas&#8230; le&#8230; oui&#8230; il le crie&#8230; J\u2019\u00e9coute&#8230; je ne peux pas&#8230; r\u00e9p\u00e8te&#8230; le&#8230; Horla&#8230; J\u2019ai entendu&#8230; le Horla&#8230; c\u2019est lui&#8230; le Horla&#8230; il est venu !&#8230;<\/p>\n<p>Ah ! le vautour a mang\u00e9 la colombe ; le loup a mang\u00e9 le mouton ; le lion a d\u00e9vor\u00e9 le buffle aux cornes aigu\u00ebs ; l\u2019homme a tu\u00e9 le lion avec la fl\u00e8che, avec le glaive, avec la poudre ; mais le Horla va faire de l\u2019homme ce que nous avons fait du cheval et du b\u0153uf : sa chose, son serviteur et sa nourriture, par la seule puissance de sa volont\u00e9. Malheur \u00e0 nous !<\/p>\n<p>Pourtant, l\u2019animal, quelquefois, se r\u00e9volte et tue celui qui l\u2019a dompt\u00e9&#8230; moi aussi je veux&#8230; je pourrai&#8230; mais il faut le conna\u00eetre, le toucher, le voir ! Les savants disent que l\u2019\u0153il de la b\u00eate, diff\u00e9rent du n\u00f4tre, ne distingue point comme le n\u00f4tre&#8230; Et mon \u0153il \u00e0 moi ne peut distinguer le nouveau venu qui <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4165\">m\u2019opprime<\/a>.<\/p>\n<p>Pourquoi ? Oh ! je me rappelle \u00e0 pr\u00e9sent les paroles du moine du mont Saint-Michel : \u00ab Est-ce que nous voyons la cent milli\u00e8me partie de ce qui existe ? Tenez, voici le vent qui est la plus grande force de la nature, qui renverse les hommes, abat les \u00e9difices, d\u00e9racine les arbres, soul\u00e8ve la mer en montagnes d\u2019eau, d\u00e9truit les falaises et jette aux brisants les grands navires, le vent qui tue, qui siffle, qui g\u00e9mit, qui mugit, l\u2019avez-vous vu et pouvez-vous le voir : il existe pourtant ! \u00bb<\/p>\n<p>Et je songeais encore : mon \u0153il est si faible, si imparfait, qu\u2019il ne distingue m\u00eame point les corps durs, s\u2019ils sont transparents comme le verre !&#8230; Qu\u2019une glace sans tain barre mon chemin, il me jette dessus comme l\u2019oiseau entr\u00e9 dans une chambre se casse la t\u00eate aux vitres. Mille choses en outre le trompent et l\u2019\u00e9garent ? Quoi d\u2019\u00e9tonnant, alors, \u00e0 ce qu\u2019il ne sache point apercevoir un corps nouveau que la lumi\u00e8re traverse.<\/p>\n<p>Un \u00eatre nouveau ! pourquoi pas ? Il devait venir assur\u00e9ment ! pourquoi serions-nous les derniers !<\/p>\n<p>Nous ne le distinguons point, ainsi que tous les autres cr\u00e9\u00e9s avant nous ? C\u2019est que sa nature est plus parfaite, son corps plus fin et plus fini que le n\u00f4tre, que le n\u00f4tre si faible, si maladroitement con\u00e7u, encombr\u00e9 d\u2019organes toujours fatigu\u00e9s, toujours forc\u00e9s comme des ressorts trop complexes, que le n\u00f4tre, qui vit comme une plante et comme une b\u00eate, en se nourrissant <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4128\">p\u00e9niblement<\/a> d\u2019air, d\u2019herbe et de viande, machine animale en proie aux maladies, aux d\u00e9formations, aux <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4134\">putr\u00e9factions<\/a>, poussive, mal r\u00e9gl\u00e9e, na\u00efve et bizarre, ing\u00e9nieusement mal faite, \u0153uvre grossi\u00e8re et d\u00e9licate, \u00e9bauche d\u2019\u00eatre qui pourrait devenir intelligent et superbe.<\/p>\n<p>Nous sommes quelques-uns, si peu sur ce monde, depuis l\u2019hu\u00eetre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019homme. Pourquoi pas un de plus, une fois accomplie la p\u00e9riode qui s\u00e9pare les apparitions successives de toutes les esp\u00e8ces diverses ?<\/p>\n<p>Pourquoi pas un de plus ? Pourquoi pas aussi d\u2019autres arbres aux fleurs immenses, \u00e9clatantes et parfumant des r\u00e9gions enti\u00e8res ? Pourquoi pas d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments que le feu, l\u2019air, la terre et l\u2019eau ? \u2013 Ils sont quatre, rien que quatre, ces p\u00e8res nourriciers des \u00eatres ! Quelle piti\u00e9 ! Pourquoi ne sont-ils pas quarante, quatre cents, quatre mille ! Comme tout est pauvre, mesquin, mis\u00e9rable ! avarement donn\u00e9, s\u00e8chement invent\u00e9, lourdement fait ! Ah ! l\u2019\u00e9l\u00e9phant, l\u2019hippopotame, que de gr\u00e2ce ! le chameau, que d\u2019\u00e9l\u00e9gance !<\/p>\n<p>Mais direz-vous, le papillon ! une fleur qui vole ! J\u2019en r\u00eave un qui serait grand comme cent univers, avec des ailes dont je ne puis m\u00eame exprimer la forme, la beaut\u00e9, la couleur et le mouvement. Mais je le vois&#8230; il va d\u2019\u00e9toile en \u00e9toile, les rafra\u00eechissant et les embaumant au souffle harmonieux et l\u00e9ger de sa course !&#8230; Et les peuples de l\u00e0-haut le regardent passer, extasi\u00e9s et ravis !<br \/>\n. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .<br \/>\nQu\u2019ai-je donc ? C\u2019est lui, lui, le Horla, qui me hante, qui me fait penser ces folies ! Il est en moi, il devient mon \u00e2me ; je le tuerai !<\/p>\n<p>19 ao\u00fbt. \u2013 Je le tuerai. Je l\u2019ai vu ! je me suis assis hier soir, \u00e0 ma table ; et je fis semblant d\u2019\u00e9crire avec une grande attention. Je savais bien qu\u2019il viendrait r\u00f4der autour de moi, tout pr\u00e8s, si pr\u00e8s que je pourrais peut-\u00eatre le toucher, le saisir ? Et alors !&#8230; alors, j\u2019aurais la force des d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s ; j\u2019aurais mes mains, mes genoux, ma poitrine, mon front, mes dents pour l\u2019\u00e9trangler, l\u2019\u00e9craser, le mordre, le d\u00e9chirer.<\/p>\n<p>Et je le guettais avec tous mes organes <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3772\">surexcit\u00e9s<\/a>.<\/p>\n<p>J\u2019avais allum\u00e9 mes deux lampes et les huit bougies de ma chemin\u00e9e, comme si j\u2019eusse pu, dans cette clart\u00e9, le d\u00e9couvrir.<\/p>\n<p>En face de moi, mon lit, un vieux lit de <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_4060\">ch\u00eane<\/a> \u00e0 colonnes ; \u00e0 droite, ma chemin\u00e9e ; \u00e0 gauche, ma porte ferm\u00e9e avec soin, apr\u00e8s l\u2019avoir laiss\u00e9e longtemps ouverte, afin de l\u2019attirer ; derri\u00e8re moi, une tr\u00e8s haute armoire \u00e0 glace, qui me servait chaque jour pour me raser, pour m\u2019habiller, et o\u00f9 j\u2019avais coutume de me regarder, de la t\u00eate aux pieds, chaque fois que je passais devant.<\/p>\n<p>Donc, je faisais semblant d\u2019\u00e9crire, pour le tromper, car il m\u2019\u00e9piait lui aussi ; et soudain, je sentis, je fus certain qu\u2019il lisait par-dessus mon \u00e9paule, qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0, fr\u00f4lant mon oreille.<\/p>\n<p>Je me dressai, les mains tendues, en me tournant si vite que je faillis tomber. Eh bien ?&#8230; on y voyait comme en plein jour, et je ne me vis pas dans ma glace !&#8230; Elle \u00e9tait vide, claire, profonde, pleine de lumi\u00e8re ! Mon image n\u2019\u00e9tait pas dedans&#8230; et j\u2019\u00e9tais en face, moi ! Je voyais le grand verre limpide du haut en bas. Et je regardais cela avec des yeux affol\u00e9s ; et je n\u2019osais plus avancer, je n\u2019osais plus faire un mouvement, sentant bien pourtant qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0, mais qu\u2019il m\u2019\u00e9chapperait encore, lui dont le corps imperceptible avait d\u00e9vor\u00e9 mon reflet.<\/p>\n<p>Comme j\u2019eus peur ! Puis voil\u00e0 que tout \u00e0 coup je commen\u00e7ai \u00e0 m\u2019apercevoir dans une brume, au fond du miroir, dans une brume comme \u00e0 travers une nappe d\u2019eau ; et il me semblait que cette eau glissait de gauche \u00e0 droite, lentement, rendant plus pr\u00e9cise mon image, de seconde en seconde. C\u2019\u00e9tait comme la fin d\u2019une \u00e9clipse. Ce qui me cachait ne paraissait point poss\u00e9der de contours nettement arr\u00eat\u00e9s, mais une sorte de transparence opaque, <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3775\">s\u2019\u00e9claircissant<\/a> peu \u00e0 peu.<\/p>\n<p>Je pus enfin me distinguer compl\u00e8tement, ainsi que je le fais chaque jour en me regardant.<\/p>\n<p>Je l\u2019avais vu ! L\u2019\u00e9pouvante m\u2019en est rest\u00e9e, qui me fait encore frissonner.<\/p>\n<p>20 ao\u00fbt. \u2013 Le tuer, comment ? puisque je ne peux l\u2019atteindre ? Le poison ? mais il me verrait le m\u00ealer \u00e0 l\u2019eau ; et nos poisons, d\u2019ailleurs, auraient-ils un effet sur son corps imperceptible ? Non&#8230; non&#8230; sans aucun doute&#8230; Alors ?&#8230; alors ?&#8230;<\/p>\n<p>21 ao\u00fbt. \u2013 J\u2019ai fait venir un <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3776\">serrurier<\/a> de Rouen et lui ai command\u00e9 pour ma chambre des persiennes de fer, comme en ont, \u00e0 Paris, certains h\u00f4tels particuliers, au rez-de-chauss\u00e9e, par crainte des voleurs. Il me fera, en outre, une porte pareille. Je me suis donn\u00e9 pour un poltron, mais je m\u2019en moque !&#8230;<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3611\" src=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_201932688.png\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"629\" srcset=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_201932688.png 471w, https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_201932688-191x300.png 191w, https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_201932688-65x102.png 65w, https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_201932688-225x354.png 225w, https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/wp-content\/uploads\/sites\/1016\/2022\/08\/image_2022-08-18_201932688-350x551.png 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/p>\n<p>10 septembre. \u2013 Rouen, h\u00f4tel Continental. C\u2019est fait&#8230; c\u2019est fait&#8230; mais est-il mort ? J\u2019ai l\u2019\u00e2me boulevers\u00e9e de ce que j\u2019ai vu.<\/p>\n<p>Hier donc, le serrurier ayant pos\u00e9 ma persienne et ma porte de fer, j\u2019ai laiss\u00e9 tout ouvert, jusqu\u2019\u00e0 minuit, bien qu\u2019il commenc\u00e2t \u00e0 faire froid.<\/p>\n<p>Tout \u00e0 coup, j\u2019ai senti qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0, et une joie, une joie folle m\u2019a saisi. Je me suis lev\u00e9 lentement, et j\u2019ai march\u00e9 \u00e0 droite, \u00e0 gauche, longtemps pour qu\u2019il ne devin\u00e2t rien ; puis j\u2019ai \u00f4t\u00e9 mes bottines et mis mes savates avec n\u00e9gligence ; puis j\u2019ai ferm\u00e9 ma persienne de fer, et revenant \u00e0 pas tranquilles vers la porte, j\u2019ai ferm\u00e9 la porte aussi \u00e0 double tour. Retournant alors vers la fen\u00eatre, je la fixai par un <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3777\">cadenas<\/a>, dont je mis la clef dans ma poche.<\/p>\n<p>Tout \u00e0 coup, je compris qu\u2019il s\u2019agitait autour de moi, qu\u2019il avait peur \u00e0 son tour, qu\u2019il <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3778\">m\u2019ordonnait<\/a> de lui ouvrir. Je faillis c\u00e9der ; je ne c\u00e9dai pas, mais m\u2019adossant \u00e0 la porte, je <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3779\">l\u2019entreb\u00e2illai<\/a>, tout juste assez pour passer, moi, \u00e0 reculons ; et comme je suis tr\u00e8s grand ma t\u00eate touchait au linteau. J\u2019\u00e9tais s\u00fbr qu\u2019il n\u2019avait pu s\u2019\u00e9chapper et je l\u2019enfermai, tout seul, tout seul. Quelle joie ! Je le tenais ! Alors, je descendis, en courant ; je pris dans mon salon, sous ma chambre, mes deux lampes et je renversai toute l\u2019huile sur le tapis, sur les meubles, partout ; puis j\u2019y mis le feu, et je me sauvai, apr\u00e8s avoir bien referm\u00e9, \u00e0 double tour, la grande porte d\u2019entr\u00e9e. Et j\u2019allai me cacher au fond de mon jardin, dans un massif de lauriers. Comme ce fut long ! comme ce fut long ! Tout \u00e9tait noir, muet, immobile ; pas un souffle d\u2019air, pas une \u00e9toile, des montagnes de nuages qu\u2019on ne voyait point, mais qui pesaient sur mon \u00e2me si lourds, si lourds.<\/p>\n<p>Je regardais ma maison, et j\u2019attendais. Comme ce fut long ! Je croyais d\u00e9j\u00e0 que le feu s\u2019\u00e9tait \u00e9teint tout seul, ou qu\u2019il l\u2019avait \u00e9teint, Lui, quand une des fen\u00eatres d\u2019en bas creva sous la pouss\u00e9e de l\u2019incendie, et une flamme, une grande flamme rouge et jaune, longue, molle, caressante, monta le long du mur blanc et le <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3780\">baisa<\/a> jusqu\u2019au toit. Une lueur courut dans les arbres, dans les branches, dans les feuilles, et un frisson, un frisson de peur aussi. Les oiseaux se r\u00e9veillaient ; un chien se mit \u00e0 hurler ; il me sembla que le jour se levait ! Deux autres fen\u00eatres \u00e9clat\u00e8rent aussit\u00f4t, et je vis que tout le bas de ma demeure n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019un effrayant brasier. Mais un cri, un cri horrible, <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3781\">suraigu<\/a>, d\u00e9chirant, un cri de femme passa dans la nuit, et deux mansardes s\u2019ouvrirent ! J\u2019avais oubli\u00e9 mes domestiques ! Je vis leurs faces affol\u00e9es, et leurs bras qui s\u2019agitaient !&#8230;<\/p>\n<p>Alors, \u00e9perdu d\u2019horreur, je me mis \u00e0 courir vers le village en hurlant : \u00ab Au secours ! au secours ! au feu ! au feu ! \u00bb Je rencontrai des gens qui s\u2019en venaient d\u00e9j\u00e0 et je retournai avec eux, pour voir.<\/p>\n<p>La maison, maintenant, n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019un b\u00fbcher horrible et magnifique, un b\u00fbcher monstrueux, \u00e9clairant toute la terre, un b\u00fbcher o\u00f9 br\u00fblaient des hommes, et o\u00f9 il br\u00fblait aussi, Lui, Lui, mon prisonnier, l\u2019\u00catre nouveau, le nouveau ma\u00eetre, le Horla !<\/p>\n<p>Soudain le toit tout entier <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3782\">s\u2019engloutit<\/a> entre les murs et un volcan de flammes <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_3600_3783\">jaillit<\/a> jusqu\u2019au ciel. Par toutes les fen\u00eatres ouvertes sur la fournaise, je voyais la cuve de feu, et je pensais qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0, dans ce four, mort&#8230;<\/p>\n<p>\u00ab Mort ? Peut-\u00eatre ?&#8230; Son corps ? son corps que le jour traversait n\u2019\u00e9tait-il pas indestructible par les moyens qui tuent les n\u00f4tres ?<\/p>\n<p>\u00ab S\u2019il n\u2019\u00e9tait pas mort ?&#8230; seul peut-\u00eatre le temps a prise sur l\u2019\u00catre Invisible et Redoutable. Pourquoi ce corps transparent, ce corps inconnaissable, ce corps d\u2019Esprit, s\u2019il devait craindre, lui aussi, les maux, les blessures, les infirmit\u00e9s, la destruction pr\u00e9matur\u00e9e ?<\/p>\n<p>\u00ab La destruction pr\u00e9matur\u00e9e ? toute l\u2019\u00e9pouvante humaine vient d\u2019elle ! Apr\u00e8s l\u2019homme, le Horla. \u2013 Apr\u00e8s celui qui peut mourir tous les jours, \u00e0 toutes les heures, \u00e0 toutes les minutes, par tous les accidents, est venu celui qui ne doit mourir qu\u2019\u00e0 son jour, \u00e0 son heure, \u00e0 sa minute, parce qu\u2019il a touch\u00e9 la limite de son existence !<\/p>\n<p>\u00ab Non&#8230; non&#8230; sans aucun doute, sans aucun doute&#8230; il n\u2019est pas mort&#8230; Alors&#8230; alors&#8230; il va donc falloir que je me tue, moi !&#8230; \u00bb<br \/>\n. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .<\/p>\n<div class=\"media-attributions clear\" prefix:cc=\"http:\/\/creativecommons.org\/ns#\" prefix:dc=\"http:\/\/purl.org\/dc\/terms\/\"><h2>Media Attributions<\/h2><ul><li >image_2022-08-18_202227392       <\/li><li >image_2022-08-18_202917357       <\/li><li >image_2022-08-18_201917084       <\/li><li >image_2022-08-18_201932688       <\/li><\/ul><\/div><div class=\"glossary\"><span class=\"screen-reader-text\" id=\"definition\">definition<\/span><template id=\"term_3600_3657\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3657\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#platane\">plane tree<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4174\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4174\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#profondes\">deep<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4035\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4035\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#aieux\">ancestor<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4170\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4170\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#peuple\">people<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3658\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3658\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#freles\">frail<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3648\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3648\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#bourdonnement\">buzzing<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3826\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3826\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#dairain\">brass<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3670\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3670\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#sassoupit\">doze<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3671\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3671\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#navires\">ships<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3672\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3672\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#remorqueur\">tugboat<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3673\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3673\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#goelettes\">sailboat<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3674\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3674\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#ondoyait\">waved<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3675\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3675\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#subissons\">experience<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3773\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3773\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#frolant\">touching<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3676\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3676\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#ebranle\">shook<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3681\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3681\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#assombri\">clouded<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3682\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3682\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#palper\">palpate<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3683\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3683\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#enervement\">nervousness<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4031\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4031\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#affreuse\">awful<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3684\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3684\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#nerfs\">nerves<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3685\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3685\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#verrous\">locks<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3686\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3686\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#redoutais\">doubt<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3687\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3687\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#filet\">net<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3688\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3688\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#perturbation\">disturbance<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3689\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3689\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#fremissent\">shudder<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3690\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3690\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#gouffre\">abyss<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3691\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3691\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#sagenouille\">kneeling<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3692\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3692\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#haletant\">panting<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3693\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3693\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#affole\">distraught<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4043\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4043\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#aurore\">dawn<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3694\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3694\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#hatai\">hurried<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3695\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3695\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#gueri\">healed<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4070\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4070\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#d'ailleurs\">incidentally<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3697\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3697\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#abbaye\">abbey<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3698\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3698\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#gravi\">climbed<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3756\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3756\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#demeure\">residence<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3699\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3699\"><div tabindex=\"-1\"><p>columns<\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3700\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3700\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#sveltes\">slender<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3701\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3701\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#tordus\">twisted<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3702\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3702\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#herissees\">bristling<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3703\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3703\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#cuirasse\">armor<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4108\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4108\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#dacier\">steel<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3704\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3704\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#jurent\">swear<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3705\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3705\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#querellant\">quarreling<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3706\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3706\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#cessant\">stopping<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3707\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3707\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#falaises\">cliffs<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4056\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4056\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#brisants\">breakwaters<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3708\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3708\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#gemit\">groan<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3709\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3709\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#mugit\">roar<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3662\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3662\"><div tabindex=\"-1\"><p>crouching<\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3711\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3711\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#sangsue\">leech<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3712\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3712\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#repu\">full<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3713\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3713\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#meurtri\">bruised<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3714\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3714\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#aneanti\">wrecked<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3715\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3715\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#segare\">wander off<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3716\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3716\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#epouvantables\">terrible<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3717\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3717\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#secousse\">shock<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3718\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3718\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#somnambule\">sleepwalker<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4113\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4113\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#engourdie\">numb<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3719\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3719\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#obeit\">obey<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3720\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3720\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#angoisse\">anguish<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3721\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3721\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#oser\">to dare<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3722\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3722\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#epreuves\">ordeal<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3723\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3723\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#plomb\">graphite<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3724\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3724\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#deliai\">lead<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3725\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3725\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#cordons\">cords<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3726\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3726\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#crainte\">fear<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3749\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3749\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#demence\">madness<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4048\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4048\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#aplomb\">composure<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4104\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4104\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#gai\">cheerful<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3728\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3728\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#songeais\">was thinking<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4143\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4143\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#troupeau\">herd<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3729\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3729\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#niais\">silly<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3730\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3730\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#parurent\">appeared<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3731\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3731\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#hantise\">fear<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3732\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3732\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#banalement\">trivially<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3733\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3733\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#apeure\">frightened<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3736\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3736\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#insoup\u00e7onnable\">the unsuspected<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3737\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3737\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#prestidigitateurs\">magicians<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3739\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3739\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#begayait\">stuttered<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3740\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3740\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#harcelee\">harrassed<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3741\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3741\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#ranimer\">revive<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4153\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4153\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#moquais\">tease<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3744\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3744\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#eperdu\">distraught<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3747\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3747\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#separpillait\">scattered<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3748\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3748\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#bourrasques\">gusts<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3750\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3750\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#invraisemblables\">incredible<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3751\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3751\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#hirondelles\">swallows<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3754\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3754\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#redoutable\">formidable<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3755\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3755\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#maitre\">master<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3757\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3757\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#cachot\">dungeon<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3758\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3758\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#pressenti\">sense<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3759\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3759\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#scintillements\">sparkling<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3761\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3761\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#feuilletee\">leafed<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4118\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4118\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#eusse\">have<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3762\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3762\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#oscilla\">swayed<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3763\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3763\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#mordent\">bite<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3764\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3764\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#volontes\">wishes<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3765\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3765\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#paraitre\">seeming<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3766\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3766\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#surprenante\">surprising<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4088\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4088\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#exorcisaient\">exorcize<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3769\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3769\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#perspicaces\">insightful<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4165\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4165\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#opprime\">oppress<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4128\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4128\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#peniblement\">with difficulty<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4134\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4134\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#putrefactions\">rotten<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3772\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3772\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#surexcites\">excited<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_4060\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_4060\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#chene\">oak<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3775\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3775\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#seclaircissant\">clearing<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3776\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3776\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#serrurier\">locksmith<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3777\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3777\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#cadenas\">padlock<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3778\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3778\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#ordonnait\">ordered<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3779\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3779\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#entrebaillai\">half-open<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3780\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3780\"><div tabindex=\"-1\"><p><a href=\"https:\/\/pressbooks.bccampus.ca\/letsreadfrenchbooks\/?post_type=chapter&amp;p=3621\/#baisa\">kissed<\/a><\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_3600_3781\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_3600_3781\"><div tabindex=\"-1\"><p><a 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