Chapitre 7 : Comprendre les technologies en éducation

7.2 Un bref historique des technologies éducatives

 

Figure 6.2. Charlton Heston as Moses. Are the tablets of stone an educational technology? (See Selwood, 2014, for a discussion of the possible language of the Ten Commandments) Image: Allstar/Cinetext/Paramount
Figure 7.2.1 Charlton Heston dans le rôle de Moïse. Les tablettes de pierre sont-elles une technologie éducative? (Voir Selwood, 2014, pour une discussion sur la langue possible des Dix Commandements)
Image : Allstar/Cinetext/Paramount
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Les débats sur le rôle de la technologie dans l’éducation remontent à au moins 2 500 ans. Pour mieux comprendre le rôle et l’influence de la technologie sur l’enseignement, il faut faire un peu d’histoire, car comme toujours, il y a des leçons à tirer de l’histoire. Le livre The Evolution of American Educational Technology de Paul Saettler (1990) est l’un des comptes rendus historiques les plus complets, mais il ne va pas au-delà de 1989. Stephen Downes (2012) reprend le flambeau en présentant un bref historique de l’apprentissage électronique, de 1989 à 2012. Martin Weller (2020) suit la trajectoire de l’éducation en axant chaque chapitre sur une technologie, une théorie ou un concept qui a influencé chaque année de 1994 à 2019. Ce que je vous propose ici est la version timbre-poste de l’histoire des technologies de l’éducation depuis 2 500 ans. J’ai délibérément choisi les jalons historiques pour montrer comment chaque nouveau média en particulier a influencé la pratique éducative.

7.2.1 Communication orale

L’un des premiers moyens d’enseignement formel était l’oral – à l’aide de la parole humaine – bien qu’au fil du temps, la technologie ait été de plus en plus utilisée pour faciliter ou « appuyer » la communication orale. Dans les temps anciens, les récits, le folklore, les histoires et les nouvelles étaient transmis et conservés par la communication orale, ce qui faisait de la mémorisation précise une compétence essentielle; d’ailleurs, la tradition orale demeure bien vivante dans de nombreuses cultures autochtones. Pour les Grecs de l’Antiquité, l’art oratoire et la parole étaient les moyens par lesquels les gens apprenaient et transmettaient leur savoir. L’Iliade et l’Odyssée d’Homère étaient des poèmes récitatifs, destinés à être présentés devant un public. Pour être appris, ils devaient être mémorisés par l’écoute, et non par la lecture, et transmis par la récitation, et non par l’écriture. Les exposés remontent au moins à l’Antiquité grecque. Démosthène (384-322 av. J.-C.) était un orateur exceptionnel dont les discours ont influencé la politique d’Athènes.

Les premiers exemples généralement reconnus d’écriture chinoise remontent au règne du roi Wu Ding de la dynastie Shang (1250-1192 av. J.-C.). Au cinquième siècle avant J.-C., les documents écrits existaient en grand nombre dans la Grèce antique. Si l’on en croit Platon, l’éducation n’a cessé de se dégrader depuis ce temps-là. Selon Platon, Socrate a surpris l’un de ses élèves (Phèdre) en train de faire semblant de réciter de mémoire un discours qu’il avait en fait appris par écrit. Socrate raconta ensuite à Phèdre comment le dieu Theuth a offert au roi d’Égypte le don de l’écriture, qui serait une « recette pour la mémoire et la sagesse ». Le roi n’était pas impressionné. Selon le roi :

… cela [l’écriture] introduira l’oubli dans leurs âmes; ils cesseront d’exercer leur mémoire parce qu’ils se fieront à ce qui est écrit, créant des souvenirs non en eux-mêmes, mais au moyen de symboles extérieurs. Ce que vous avez découvert est une recette non pour mémoriser, mais pour se souvenir. Et ce n’est pas une véritable sagesse que vous offrez à vos adeptes, mais seulement son semblant, car pour leur dire beaucoup de choses sans rien leur apprendre, vous allez leur donner l’impression de savoir beaucoup alors que la plupart ne sauront rien. Et, hommes pleins non de sagesse, mais d’une vaine illusion de sagesse, ils seront un fardeau pour leurs semblables.

Phèdre, 274c-275, adaptation de la traduction de Manguel, 1996

J’entends déjà certains de mes anciens collègues dire la même chose à propos des médias sociaux.

Les tableaux d’ardoise étaient utilisés en Inde au 12e siècle après J.-C., et les tableaux noirs et les tableaux à craie ont commencé à être utilisés dans les écoles au tournant du 18e siècle. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l’armée américaine a commencé à utiliser des rétroprojecteurs pour la formation, et leur utilisation est devenue courante pour les conférences, jusqu’à ce qu’ils soient largement remplacés par des projecteurs électroniques et des logiciels de présentation tels que PowerPoint vers 1990. C’est peut-être un bon moment pour souligner que la plupart des technologies utilisées en éducation n’ont pas été conçues expressément pour l’éducation, mais à d’autres fins (principalement pour l’armée ou les entreprises).

Bien que le téléphone date de la fin des années 1870, le système téléphonique standard n’est jamais devenu un outil éducatif majeur, pas même dans l’enseignement à distance, en raison du coût élevé des appels téléphoniques analogiques pour plusieurs utilisateurs, quoique l’audioconférence ait été utilisée comme complément à d’autres médias depuis les années 1970. Les vidéoconférences utilisant des systèmes de câbles spécialisés et des salles de conférence dédiées sont utilisées depuis les années 1980. Le développement de la technologie de compression vidéo et de serveurs vidéo relativement bon marché au début des années 2000 a conduit à l’introduction de systèmes de capture de cours pour l’enregistrement et la diffusion en continu de cours magistraux en 2008. D’autres améliorations technologiques, telles que Zoom, ont permis aux vidéoconférences d’être diffusées à partir d’ordinateurs de bureau. Les webinaires sont aujourd’hui largement utilisés pour donner des cours magistraux ou des conférences sur Internet.

Aucune de ces technologies ne modifie cependant la base orale de la communication pour l’enseignement.

7.2.2 Communication écrite

Les textes ou l’écriture jouent aussi un rôle en éducation depuis longtemps. Selon la Bible, Moïse a utilisé une pierre ciselée pour transmettre les Dix Commandements sous forme d’écriture, probablement vers le 7e siècle avant Jésus-Christ. Même si Socrate se serait insurgé contre l’utilisation de l’écriture, les formes écrites de communication rendent les longues chaînes de raisonnement et d’argumentation analytiques beaucoup plus accessibles, reproductibles sans distorsion, et donc plus ouvertes à l’analyse et à la critique que la parole, dont la nature est éphémère.

L’invention de la presse à imprimer en Europe au 15e siècle a été une véritable innovation radicale, rendant le savoir écrit beaucoup plus librement accessible, de la même manière qu’Internet l’a fait aujourd’hui. L’explosion du nombre de documents écrits résultant de la mécanisation de l’impression a obligé un nombre beaucoup plus important de fonctionnaires et de gens d’affaires à s’alphabétiser et à faire preuve d’esprit d’analyse, ce qui a entraîné une expansion rapide de l’éducation formelle en Europe. De nombreuses raisons expliquent le développement de la Renaissance et des Lumières, ainsi que le triomphe de la raison et de la science sur la superstition et les croyances en Europe, mais la technologie de l’imprimerie a été un agent clé du changement.

L’amélioration des infrastructures de transport au 19e siècle, et en particulier la création d’un système postal bon marché et fiable dans les années 1840, a conduit au développement du premier enseignement formel par correspondance, l’Université de Londres proposant un programme de diplôme externe par correspondance à partir de 1858. Ce premier programme formel d’enseignement à distance existe encore aujourd’hui sous la forme de l’University of London Worldwide. Dans les années 1970, l’Open University a transformé l’utilisation de l’imprimé pour l’enseignement grâce à des modules de cours imprimés spécialement conçus et fortement illustrés qui intégraient des activités d’apprentissage au support imprimé, selon une conception pédagogique avancée.

Avec le développement des systèmes de gestion de l’apprentissage sur le Web au milieu des années 1990, la communication textuelle, bien que numérisée, est devenue, du moins pendant une courte période, le principal moyen de communication pour l’apprentissage en ligne, bien que la capture des cours et la diffusion vidéo soient en train de changer la donne.

7.2.3 Broadcasting and video

BBC television studio and radio transmitter, Alexandra Palace, London Image: © Copyright Oxyman and licensed for reuse under this Creative Commons Licence
Figure 7.2.2 Studio de télévision et émetteur radio de la BBC, Alexandra Palace, Londres
Image : © Copyright Oxyman et réutilisation sous licence  Creative Commons Licence

La British Broadcasting Corporation (BBC) a commencé à diffuser des programmes radio éducatifs pour les écoles dans les années 1920. La première émission radiophonique d’éducation des adultes diffusée par la BBC en 1924 était un exposé sur les insectes en relation avec les humains et portait principalement sur les puces. La même année, J. C. Stobart, le nouveau directeur de l’éducation de la BBC, réfléchit à une « université de la radiodiffusion » dans le journal Radio Times (Robinson, 1982). La télévision a été utilisée pour la première fois en éducation dans les années 1960 pour les écoles et pour l’éducation générale des adultes (l’un des six objectifs de la charte royale actuelle de la BBC est toujours de « promouvoir l’éducation et l’apprentissage »).

En 1969, le gouvernement britannique a créé l’Open University (OU), qui a travaillé en partenariat avec la BBC pour concevoir des programmes universitaires ouverts à tous, en utilisant au départ une combinaison de documents imprimés spécialement conçus par le personnel de l’OU, et de programmes télévisés et radiophoniques réalisés par la BBC, mais intégrés aux cours. Bien que les programmes radiophoniques impliquaient principalement une communication orale, les programmes télévisés n’utilisaient pas de cours magistraux en tant que tels, mais se concentraient davantage sur les formats courants de la télévision générale, tels que les documentaires, les démonstrations de processus et les études de cas (voir Bates, 1984). Bref, la BBC s’est concentrée sur les « potentialités » uniques de la télévision, un sujet qui sera abordé plus en détail par la suite. Au fil du temps, avec l’introduction de nouvelles technologies telles que les cassettes audio et vidéo, la diffusion en direct, en particulier à la radio, a été réduite pour les programmes de l’OU, bien qu’il existe encore quelques chaînes éducatives générales diffusées dans le monde entier (par exemple, TVOntario au Canada; PBS, History Channel et Discovery Channel aux États-Unis).

L’utilisation de la télévision pour l’éducation s’est rapidement répandue dans le monde entier. Dans les années 1970, certains, notamment au sein d’organismes internationaux tels que la Banque Mondiale et l’UNESCO, y voyaient une panacée pour l’éducation dans les pays en développement. Malheureusement, leurs espoirs se sont rapidement évanouis lorsque les réalités du manque d’électricité, du coût, des problèmes de sécurité (le matériel était constamment volé), du climat, de la résistance des enseignants locaux et des problèmes de langue et de culture locales sont apparues (voir, par exemple, Jamison et Klees, 1973). La radiodiffusion par satellite a commencé à être offerte dans les années 1980, et des espoirs similaires ont été exprimés quant à la diffusion de « cours universitaires des plus grandes universités du monde aux plus défavorisés du monde », mais ces espoirs se sont rapidement évanouis pour des raisons similaires. Toutefois, l’Inde, qui avait lancé son propre satellite, INSAT, en 1983, l’a d’abord utilisé pour diffuser dans tout le pays des programmes de télévision éducative produits localement, dans plusieurs langues autochtones, à l’aide de récepteurs et de téléviseurs de conception indienne installés dans des centres communautaires locaux ainsi que dans des écoles (Bates, 1984).

Dans les années 1990, le coût de la création et de la distribution de vidéos a chuté de manière spectaculaire grâce à la compression numérique et à l’accès à Internet haute vitesse. Cette réduction des coûts d’enregistrement et de distribution de la vidéo a également conduit au développement de systèmes de capture de cours magistraux. Cette technologie permet aux étudiants de visionner ou de revisionner les cours à tout moment et en tout lieu grâce à une connexion Internet. Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) a commencé à mettre ses cours enregistrés à la disposition du public, gratuitement, dans le cadre de son projet OpenCourseWare, en 2002. YouTube a été créé en 2005 et a été racheté par Google en 2006. YouTube est de plus en plus utilisé pour des vidéos éducatives courtes qui peuvent être téléchargées et intégrées dans des cours en ligne. La Khan Academy a commencé à utiliser YouTube en 2006 pour enregistrer des cours en voix hors champ en utilisant un tableau numérique pour les équations et les illustrations. En 2007, Apple Inc. a créé iTunesU pour en faire un portail ou un site où des vidéos et d’autres ressources numériques sur l’enseignement universitaire pourraient être rassemblés et téléchargés gratuitement par les utilisateurs finaux.

Jusqu’à l’arrivée de la capture de cours, les systèmes de gestion de l’apprentissage avaient intégré des fonctions de conception pédagogique de base, mais cela obligeait les instructeurs à repenser leur enseignement en classe pour l’adapter à l’environnement du système de gestion de l’apprentissage. En revanche, la capture de cours ne nécessite aucune modification du modèle de cours magistral standard, et l’apprentissage en ligne est en quelque sorte revenu à une communication essentiellement orale soutenue par PowerPoint ou même par l’écriture au tableau. C’est devenu la principale méthode d’enseignement pendant la pandémie de COVID-19. Ainsi, la communication orale est toujours aussi présente dans l’enseignement, mais elle a été intégrée ou adaptée aux nouvelles technologies.

7.2.4 Computer technologies informatiques

7.2.4.1 Apprentissage informatisé

Essentiellement, le développement de l’apprentissage programmé au début des années 1950 visait à informatiser l’enseignement, en structurant l’information, en testant les connaissances des apprenants et en leur fournissant une rétroaction immédiate, sans intervention humaine autre que la conception du matériel et du logiciel et la sélection et le chargement du contenu et des questions d’évaluation. B. F. Skinner a commencé à expérimenter avec des machines d’enseignement utilisant l’apprentissage programmé en 1954, en se basant sur la théorie du behaviorisme (voir Chapitre 2 à la Section 3). Les machines d’enseignement de Skinner ont été l’une des premières formes d’apprentissage par ordinateur. Les CLOM ont récemment relancé les approches d’apprentissage programmé, car les tests effectués par des machines s’adaptent beaucoup plus facilement à des grands groupes que l’évaluation réalisée par des humains.

PLATO était un système généralisé d’enseignement assisté par ordinateur développé à l’origine à l’Université de l’Illinois et, à la fin des années 1970, il comprenait plusieurs milliers de terminaux dans le monde entier sur près d’une douzaine d’ordinateurs centraux différents en réseau. PLATO a connu un grand succès, pendant près de 40 ans, et a intégré des concepts en ligne clés : forums, tableaux d’affichage, tests en ligne, courrier électronique, salles de discussion, messagerie instantanée, partage d’écran à distance et jeux multijoueurs.

Les tentatives de reproduire le processus d’enseignement par le biais de l’intelligence artificielle (IA) ont commencé au milieu des années 1980, en se concentrant initialement sur l’enseignement de l’arithmétique. Malgré d’importants investissements en recherche sur l’IA pour l’enseignement au cours des 30 dernières années, les résultats ont généralement été décevants. Il s’est avéré difficile pour les machines de s’adapter aux diverses façons dont les élèves apprennent (ou se trompent). Les développements récents dans le domaine des sciences cognitives et des neurosciences sont suivis de près, mais à l’heure où nous écrivons ces lignes, le fossé est encore grand entre la science fondamentale et l’analyse ou la prédiction de comportements d’apprentissage spécifiques à partir de la science.

Plus récemment, nous avons assisté au développement de l’apprentissage adaptatif, qui analyse les réponses des apprenants et les réoriente vers le domaine de contenu le plus approprié, en fonction de leurs performances. L’analyse de l’apprentissage, qui recueille également des données sur les activités des apprenants et les associe à d’autres données, telles que les performances des étudiants, est un progrès connexe. Ces différentes avancées seront examinées plus en détail à la Section 7.7 du présent chapitre.

7.2.4.2 Réseautage informatique

Arpanet, aux États-Unis, a été le premier réseau à utiliser le protocole Internet en 1982. À la fin des années 1970, Murray Turoff et Roxanne Hiltz, du New Jersey Institute of Technology, ont expérimenté l’apprentissage hybride en utilisant le réseau informatique interne du NJIT. Ils ont combiné l’enseignement en classe avec des forums de discussion en ligne, ce qu’ils ont appelé la « communication médiatisée par ordinateur » ou CMO (Hiltz et Turoff, 1978). À l’Université de Guelph, au Canada, un logiciel clé en main appelé CoSy a été développé dans les années 1980. Il permettait de créer des fils de discussion de groupe en ligne, prédécesseurs des forums actuels contenus dans les systèmes de gestion de l’apprentissage. En 1988, l’Open University au Royaume-Uni a proposé un cours, DT200, qui, outre les supports traditionnels de l’OU que sont les textes imprimés, les programmes télévisés et les cassettes audio, comprenait également une composante de discussion en ligne utilisant CoSy. Comme ce cours comptait 1 200 étudiants inscrits, il s’agissait de l’un des premiers cours en ligne ouvert « massivement ». Nous voyons donc apparaître une distinction entre l’utilisation des ordinateurs pour un apprentissage automatisé ou programmé et l’utilisation des réseaux informatiques pour permettre aux étudiants et aux instructeurs d’interagir et de communiquer entre eux.

Le Word Wide Web a été officiellement lancé en 1991. Le World Wide Web est essentiellement une application fonctionnant sur Internet qui permet aux « utilisateurs finaux » de créer et de lier des documents, des vidéos ou d’autres médias numériques, sans que l’utilisateur final n’ait besoin de tout transcrire dans une forme de code informatique. Le premier navigateur Web, Mosaic, a été rendu disponible en 1993. Avant l’apparition du Web, il fallait des méthodes longues et fastidieuses pour charger un texte et trouver du matériel sur Internet. Plusieurs moteurs de recherche Internet ont été développés depuis 1993, et Google, créé en 1999, s’est imposé comme l’un des principaux moteurs de recherche.

7.2.4.3 Environnement d’apprentissage en ligne

En 1995, le Web a permis le développement des premiers systèmes de gestion de l’apprentissage (SGA), tels que WebCT (devenu Blackboard). Les SGA fournissent un environnement d’enseignement en ligne, où le contenu peut être déposé et organisé, ainsi que des « espaces » pour les objectifs d’apprentissage, les activités des étudiants, les questions des devoirs et les forums de discussion. Les premiers cours entièrement en ligne (donnant droit à des crédits) ont commencé à apparaître en 1995, certains utilisant des SGA, d’autres se contentant d’afficher des textes sous forme de PDF ou de diapositives. Le matériel était principalement composé de textes et d’images. Les SGA sont devenus le principal moyen d’offrir un apprentissage en ligne jusqu’à l’arrivée des systèmes de capture de cours vers 2008.

En 2008, George Siemens, Stephen Downes et Dave Cormier, au Canada, ont utilisé la technologie Web pour créer le premier cours en ligne ouvert massivement (MOOC) « connectiviste », une communauté de pratique qui reliait des présentations de webinaires et/ou des articles de blogues d’experts aux blogues et aux tweets des participants, avec un peu plus de 2 000 inscriptions. Les cours étaient ouverts à tous et ne comportaient pas d’évaluation officielle. En 2012, deux professeurs de l’Université de Stanford ont lancé un CLOM sur l’intelligence artificielle basé sur la capture de cours, qui a attiré plus de 100 000 étudiants ; depuis lors, les CLOM se sont développés rapidement dans le monde entier.

7.2.5 Les médias sociaux

Les médias sociaux sont en réalité une sous-catégorie de la technologie informatique, mais leur développement mérite une section à part entière dans l’histoire de la technologie éducative. Les médias sociaux englobent un large éventail de technologies différentes, notamment les blogues, les wikis, les vidéos YouTube, les appareils mobiles tels que les téléphones et les tablettes, Twitter, Skype et Facebook. Andreas Kaplan et Michael Haenlein (2010) définissent les médias sociaux comme suit :

un groupe d’applications basées sur Internet qui… permettent la création et l’échange de contenu généré par les utilisateurs, s’appuyant sur les interactions entre les personnes qui créent, partagent ou échangent des informations et des idées dans des communautés et des réseaux virtuels.

Les médias sociaux sont fortement associés aux jeunes et aux « millénariaux »; bref, à de nombreux étudiants de niveau postsecondaire. À l’heure où nous écrivons ces lignes, les médias sociaux commencent à peine à être intégrés dans l’éducation formelle et, à ce jour, leur principale valeur éducative se situe dans l’éducation non formelle, par exemple, en encourageant les communautés de pratique en ligne, ou en marge de l’enseignement en classe, par exemple par des « gazouillis » pendant les cours ou l’évaluation des formateurs. Les chapitres 8, 9 et 10 montreront cependant qu’ils ont un potentiel pour l’apprentissage beaucoup plus important.

7.2.6 Un changement de paradigme

On constate que l’éducation a adopté et adapté la technologie sur une longue période. Il y a quelques leçons utiles à tirer des développements passés dans l’utilisation de la technologie pour l’éducation, en particulier le fait que de nombreuses affirmations avancées pour une technologie nouvellement émergente sont susceptibles de n’être ni vraies ni nouvelles. En outre, il est rare qu’une nouvelle technologie remplace complètement une technologie plus ancienne. En général, l’ancienne technologie est conservée dans un « créneau » plus spécialisé, comme la radio, ou intégrée dans un environnement technologique plus riche, comme la vidéo sur Internet.

Cependant, ce qui distingue l’ère numérique de toutes les époques précédentes, c’est le rythme rapide du développement technologique et l’omniprésence des activités basées sur la technologie dans notre vie quotidienne. Il est donc justifié de décrire l’impact d’Internet sur l’éducation comme un changement de paradigme, du moins en matière de technologie éducative. Nous sommes encore en train d’absorber et d’appliquer les implications. La prochaine section tente de cerner plus précisément l’importance éducative des différents médias et technologies.

Références

Bates, A. (1984) Broadcasting in Education: An Evaluation London: Constables

Downes, S. (2012) E-learning Generations Half-an-hour, February 11

Hiltz, R. and Turoff, M. (1978) The Network Nation: Human Communication via Computer Reading MA: Addison-Wesley

Jamison, D. and Klees, S. (1973) The Cost of Instructional Radio and Television for Developing Countries Stanford CA: Stanford University Institute for Communication Research

Kaplan, A. and Haenlein, M. (2010), Users of the world, unite! The challenges and opportunities of social media, Business Horizons, Vol.  53, No. 1, pp. 59-68

Manguel, A. (1996) A History of Reading London: Harper Collins

Robinson, J. (1982) Broadcasting Over the Air London: BBC (out of print)

Saettler, P. (1990) The Evolution of American Educational Technology Englewood CO: Libraries Unlimited

Selwood, D. (2014) What does the Rosetta Stone tell us about the Bible? Did Moses read hieroglyphs? The Telegraph, July 15

Weller, M. (2020) 25 Years of Ed Tech Edmonton: Athabasca University Press

Activité 7.2 Que nous dit l’histoire?

  1. Qu’est-ce qu’une technologie éducative? Comment classeriez-vous un cours enregistré du MIT et accessible en tant que ressource éducative libre? Quand une technologie est-elle éducative et pas seulement une simple technologie?
  2. Une première version d’Internet (Arpanet) existait bien avant 1990, mais la combinaison des protocoles Internet et le développement du langage html et du World Wide Web ont clairement marqué un tournant dans les télécommunications et l’éducation (du moins pour moi). Qu’est-ce qui fait de l’Internet/du Web un changement de paradigme? Ou s’agit-il simplement d’une évolution, d’une prochaine étape ordonnée dans le développement des technologies?
  3. L’écriture est-elle une technologie? Un cours magistral est-il une technologie? Est-il important d’en décider?
  4. Les plus perspicaces ou analytiques d’entre vous se poseront peut-être des questions sur la catégorisation ou la définition de certaines des technologies énumérées ci-dessus (indépendamment de la question de savoir comment traiter les personnes en tant que moyen de communication). Par exemple, la communication médiatisée par ordinateur (CMO) existait avant Internet (depuis 1978 en fait), mais n’est-elle pas une technologie de l’Internet? (C’est le cas aujourd’hui, mais ça ne l’était pas à l’époque.) En quoi les médias sociaux diffèrent-ils de la CMO? Est-il utile de distinguer les technologies télévisuelles telles que la télédiffusion, le câble, le satellite, les DVD ou la vidéoconférence, et cette distinction est-elle encore pertinente? Si oui, qu’est-ce qui les distingue et qu’ont-elles en commun d’un point de vue éducatif?

Ce sont là quelques exemples d’enjeux que nous clarifierons dans les prochaines sections.

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L’enseignement à l’ère numérique Droit d'auteur © 2023 par Anthony William (Tony) Bates est sous licence License Creative Commons Attribution - Pas d’utilisation commerciale 4.0 International, sauf indication contraire.

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